lundi 28 janvier 2008

images photographiques : § 1. murmurer à l'œil

Les remarques qui vont suivre étaient déjà avancées lorsque je me suis dit :

« Et si, pour moi, la photographie était ce journal intime que je n’ai jamais tenu, si elle tenait ce rôle, si elle fonctionnait sur le même mode. Nul besoin d’une entrée à chaque jour, seul doit rester quelque instant marquant. Seulement, s’il s’agit peut-être de ma vie, cela, on ne pourra jamais le confondre avec ma prétendue vie intérieure. La photographie, pour employer cette distinction à laquelle j’ai cessé de croire, est toute extérieure. Je veux dire : physique, parfois même, à en croire certains, objective. Ce journal intime serait le journal de mon extérieur propre, de mon for extérieur, le journal de ma vie telle que je la vois, au sens propre, dans ce qu’elle a de plus marquant et de plus évident. On ne m’y verrait pas, dans ce journal, peut-être dans le journal d’un autre, si telle était sa conception de la photographie, dans ce journal, on ne verrait que ce que j’ai pu voir ou cru pouvoir voir, ce que j’ai cru non pas tant digne de demeurer, mais ce que j’ai cru intéressant au moins pour mon regard, suffisamment captivant pour que je m’y attarde, ne serait-ce que 1/250ième de seconde, 1/500ième, qui sait ?

Vous ne verrez jamais les photographies que j’ai prises. C’est inexact. Vous ne verrez jamais les photographies que j’ai prises comme je les ai prises parce qu’elles sont des entrées dans ce journal privé que je tiens parfois, que je me décide progressivement à tenir. Je ne suis pas un photographe. Les images dont je prétends toutefois être l’auteur ne sont pas les œuvres d’un photographe, mais les pièces qui construisent ce journal privé, physique et visible.

Vous ne verrez jamais les photographies que je prends — pas comme je les prends. »

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