mardi 29 janvier 2008

images photographiques : § 2. référence

La référence, en photographie, n’a aucune importance : ce n’est pas ça que je vois dans une photographie. Ou alors, je devrais dire que ce n’est pas ça que je devrais voir ou bien pas ça que je vois dans une vraie / bonne (ou tout ce que l’on voudra) photographie. Si je vois la référence de la photographie, la photographie n’est qu’une image de quelque chose qui lui est étranger, rien en elle-même, pour employer le vocabulaire de la philosophie classique : rien qu’un reflet ; elle n’existe que par ce qu’elle re-présente sans le représenter à nouveau. Ce qu’elle présente, elle ne le présente alors qu’en différé.

Or, ce qui fait une photographie, qu’elle représente ou présente simplement, c’est qu’elle est quelque chose de direct (qui ouvre peut-être sur des significations autres), elle se pose là, face à moi, elle ne regarde que moi, elle est tout ce qui me regarde, mon regard n’aspire qu’à elle et à elle seule : je la perçois directement, non comme une image de quelque chose, mais comme l’image que je dois voir, comprendre, une image que j’envisage dans tout ce qu’elle a de singulier, ne serait-ce que pour dire, au final, que cela prenne un instant ou des années, c’est une bonne / mauvaise photographie.

Mais je ne sais pas ce que c’est la référence : ce qu’il y a derrière la photographie, ce que le photographe a en tête, ce que celui qui regarde la photographie a en tête ou, tout simplement, ce que montre la photographie. Je me suis emballé, enroulé, j’ai déposé de fines pellicules d’essentialisme sur ma pensée en prose et j’ai dit : « La photographie, ce n’est pas sa référence ». Or, je ne sais pas ce que c’est, moi, je le répète, la référence. Sans doute, est-ce plus un leurre que l’image que mes yeux innocents et nus pourraient voir derrière l’image sur le papier brillant, plastique, comme lustré, que mes yeux innocents et nus regardent sans ciller, sourcillant, ou soucieux parfois de savoir de quoi il s’agit, de ne pas paraître trop bêtes et comme analphabètes devant un langage qu’ils seraient à eux seuls incapables de tenir.

Pour tout (re)dire, je ne sais pas ce que c’est, moi, la référence, je ne fais que regarder d’un œil parfois distrait et d’autant plus coupable certaines images photographiques que l’on veut bien me mettre sous le nez. Je ne manque pas d’air, d’ailleurs, je jauge, je juge : c’est bon / mauvais. Je sens ou ne sens rien. Mais, rien n’y fait : je ne sais pas ce que c’est, moi, la référence de la photographie, si ce n’est l’image photographique plus ou moins proche, parfois à trop grande distance et qui m’ignore, parfois à ce point près de moi qu’elle ne fait plus qu’un avec tout ce que je vois.

Pourtant, certaines photographies agissent sur moi : ce qu’elles me montrent, je l’ai toujours vu ou su, peut-être me manquait-il une image, mais cela importe-t-il vraiment ? J’ai toujours vu ou su que je verrais cette image ou une image en tout point similaire, une image qui montrerait ceci et pas un mot / point de plus.

Malgré mes efforts pour dire que la photographie est autonome et qu’elle se suffit à elle-même dans cette autonomie (qu’elle se donne à elle-même la loi de tous ses regards), je sais que toujours elle renverra à cette attente d’image que je supporte tant bien que mal lorsque j’en suis en défaut.

Je suis toujours en attente d’images, d’une image, alors je regarde tout ce que je peux, tout ce que je supporte, tout ce que mon regard soutient. Parfois, il s’arrête, je ne sais combien de temps au juste, mais je sais qu’à ce moment-là, il est juste : tout ce qui doit passer passe, je retiens tout, seul sous l’empire de l’image, seule cette emprise agit sur moi, oubliée la technique, il ne reste que ce face-à-face dont l’auteur peut bien être absent pourvu que justement ça passe, pourvu que je voie tout ce que je dois voir, à ce moment-là, au mépris de l’instant d’après.

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