lundi 4 février 2008

écrire — la musique : I. § 1. un souvenir

Un souvenir : pour ou avec elle — ma mère — cette chanson que je chante, c’est non loin de l’électrophone, cette chanson que je ne supporterais sans doute plus si je l’écoutais à nouveau aujourd’hui. Elles et moi, nous disons : « J’ai la guitare qui me démange alors je gratte un pti peu » dans un éclat de rire, c’était ainsi, dans la phrase de ma mère qui me dit : « Elle te plaît cette chanson, Jérôme ».

Oui.

Jérôme aimait cette chanson-là d’Yves Duteil, il l’écoutait sur un électrophone, il en isolait une petite partie, la partie essentielle à son écoute et il la chantait à sa mère pour ou avec elle. Le Jérôme-d’alors n’entendait rien à la musique, il devait y entendre quelque chose, pourtant, cependant qu’il en écoutait. Il y avait d’autres disques qu’il plaçait sur l’électrophone lui-même, il n’en gardait jamais que des parties, sans que je sache s’il en supportait ou non la totalité.

Il gardait une chanson qu’il écoutait encore une fois et encore une fois. C’est toujours ainsi. Il y avait aussi d’autres disques qu’il ne touchait pas mais qu’il écoutait quand même.

Mon album de famille est fait de disques, ceux entiers que je ne touchais pas, ceux mis en morceaux que je me suis appropriés.

Dans mon album de famille, il n’y a pas d’images photographiées, seulement des morceaux de musique. Seulement des morceaux de musique dont il ne reste peut-être que le souvenir de leur écoute.

Et, même s’il n’en reste pas d’autres traces, comme les traces de doigts qui ponctuent les sillons et que l’on n’efface jamais vraiment, que le souvenir d’avoir écouté un jour en enfance certains morceaux, ces disques enfantins, alors même que la musique pouvait être des plus sérieuses, sont l’origine de mon histoire de famille, pas un roman, peut-être pas, un essai de famille, peut-être, quelque chose qui n’est pas à propos de la musique, pas seulement, quelque chose que la musique alimente car, la musique nourrit mon histoire.

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