dimanche 3 février 2008

écrire — la musique : ouverture

Est-ce que j’ai bien fait ? On pourra toujours me reprocher de commencer ainsi. Comme on pourra me reprocher d’anticiper de la sorte, etc. ad inf. Mais, de fait, c’est comme ça que je finis ce que tu commences. Commençant par la fin, la question sans doute se pose. Commençons donc par la fin et ce scrupule, ce doute, qui, tu vas le voir, ne me lâchera pas.

Est-ce que j’ai bien fait ? Ou bien, est-ce que, pour bien faire, il n’aurait pas fallu partir de ce texte oublié, vieux, manuscrit sur une page volante, une page blanche, l’encre était bleue, où je disais — sans arguments, si je me souviens bien — : « la musique n’est pas un langage ». Et le citer ici. Intégralement. Peut-être.

Aujourd’hui, je ne sais pas si j’argumente plus ou si tout n’est que fiction, mais après l’oubli, et sans doute un revirement intermédiaire, avec ce souvenir (tu verras, il en sera encore question de se souvenir), la conviction — je n’aime pas m’exprimer ainsi — la conviction est la même : la musique n’est pas un langage.

Je me décite. Je me décide.

Je n’aime pas m’exprimer ainsi, je n’aime pas parler de conviction parce que, s’exprimer ainsi, laisserait supposer que l’on va lire une thèse sur, disons, le caractère non-linguistique ou, pourquoi pas ?, le caractère anti-linguistique de la musique. Ou je ne sais pas quoi d’autre dans ce style. Or, pas de thèse ici. On verra quoi. Mais, j’insiste, je n’aime pas m’exprimer par conviction parce que c’est le doute qui devrait toujours primer. Non pas triompher, sinon on ne ferait plus rien, on ne ferait jamais rien. Venir en premier. Le doute devrait toujours venir en premier. Et, paradoxalement, peut-être, comme une évidence. Ici, donc, c’est le doute qui doit se faire sentir et entendre.

Est-ce que j’ai bien fait ?

Est-ce que j’ai bien fait de procéder ainsi ? À cette espèce de collecte de blocs plus ou moins compacts, souvent et en fait à mesure que je progressais, traversés de vide, de blancs entre les lignes, non pas tant pour aérer que pour faire voir dans ce qui se fait entendre, la distance qui sépare ce qui est écrit de la conviction ?

Alors, oui. C’est certain. Oui. C’est d’intime conviction qu’il s’agit. On ne perd pas son temps à écrire, au mépris d’autres activités plus lucratives, plus réjouissantes, on ne perd pas ses journées à écrire pour écrire contre son intime conviction. Ou alors, si on le fait, c’est qu’on veut parvenir, ce faisant, à quelque chose qui démontre par l’absurde que son intime conviction, la sienne propre, vaut mieux qu’une autre, celle qu’on présente.

Oui, c’est possible. Mais, ici, non, pas la place. Il y a autre chose en jeu. C’est ce que je veux penser, du moins. Penser que quelque chose est en jeu au sujet de la musique, à propos de la musique. Et, c’est encore ce que je veux penser, quelque chose qui ne touche pas, pas un seul instant, je le souhaite, à l’essence de la musique, même si parfois, à défaut de parvenir à mieux faire, on flirte avec ce genre d’excès d’essentialisme — à supposer d’ailleurs que l’essentialisme ne soit pas toujours un excès — passons, le sujet est ailleurs — mais qui a trait au rapport que l’on entretient à la musique.

On trouvera éventuellement — pardon encore pour cet excès — excès d’anticipation — que c’est une défaillance par rapport à l’importance de la question de l’essence de la musique. Mais, en fait, c’est tout autre.

Procéder ainsi, s’efforcer d’écrire ainsi, c’est situer la musique dans notre vie. Alors, oui, on parle des musiques, de toute sorte de musiques, et parfois même on parle de la musique en tant que telle, ce qui est un pas vers l’essentialisme, mais un pas seulement, un pied lui restant toujours totalement étranger. Mais, le sujet, c’est ce que je veux penser, est bien là, dans la place de la musique, des musiques, de toute sorte de musiques, dans notre vie. Ça nous accompagne la musique, ça nous oublie parfois, ça nous émeut parfois, on l’oublie aussi. Mais, c’est là, d’une manière ou d’une autre, pour le meilleur et pour le pire, comme on dit dans les films au moment de se marier.

2 commentaires:

Nico a dit…

De mon avis,

La musique est communication, le langage est communication, la danse des abeilles est communication. La musique est vibrations dans l'air, puis dans notre corps, le langage est travail de la langue, le chant est langage. Le chant + la musique est communication. Le chant nait d'un instrument de musique organique et corporel, à cordes et à vent(cordes vocales et souffle pulmonaire, avec boite de résonances etc...). Le chant est musique. La musique(chantée) est langage, le langage n'est pas musique(non chantée). La musique(non chantée) n'est pas langage. Musique(non chantée) + Musique(chantée) forment un langage plus plus, amplifié, la musique(non chantée) soutenant la musique(chantée). La musique(non chantée) amplificatrice, une fois otée de la musique(chantée) qui l'accompagnait, est communications d'un résidu de langage, et porte en quelque sorte du langage en elle. Et d'une certaine manière, la musique est langage, abstrait.
D'un autre côté, la musique est souvent ce que le langage n'arrive pas à exprimer, ou ne veut pas exprimer. Ou encore, elle est ce que l'on ne pense même pas vouloir exprimer par le langage mais qui doit transparaître. La musique(non chantée) est de platine, car elle permet au langage d'être, et de ne pas être. La parole est argent, le silence d'or, la musique de platine.
J'aurais du dire Or Blanc, ou Or Gris, mais platine ça le fait mieux.

Elle peut être aussi, tout simplement naturelle, mais de toute manière exprime ce que jamais le langage n'arrivera à exprimer, ou alors par des périphrases gigantesques. On pourrais dire que cette musique naturelle, du son des oiseaux, du bruissement des feuillages, du fer qui s'entrechoque, n'est pas langage. Mais si on dit de cette musique naturelle, qu'elle est musique alors elle est langage, puisque génératrice de langage. Et puisque la "musique" est affaire du langage. de la même manière qu'on parle de musique savante, (qui s'écris donc par le langage), et de la même manière qu'on parle de musique folklorique qui passe du bouche à oreille, par un langage périphérique. La musique naturelle(non réfléchie) n'est pas musique naturelle, elle est pure effet de la rencontre de matières.

"La musique dont tu parles", est langage. puisque tu en parles.

On peut considérer que la musique ne dit rien à proprement parler. Dans ce cas là on ne peut pas dire qu'elle soit langage. Mais si elle fait tout ressentir, elle a tout dit. Nul ne pourra en être plus dit, ou alors par des périphrases gigantesques. Et dans ce cas, la musique n'est pas langage, mais juste rencontre de matières.

Cependant, nul musique ne peut être impensée par l'humain. Et si le langage, travail de langue, se transpose par écris, il se transpose aussi par pensée. Et il est toujours question de langage.

Si la musique est pensée, alors elle est langage en plus d'être rencontre de matières. Si elle ne l'est pas, donc si nous existons pas, alors elle n'est rien d'autre que la rencontre de matières.

Si on considère certains bruits d'animau comme un travail de langue, je les inclus avec "nous". Si on considère ceux-ci, comme langage, dans le mot général qu'est le langage(sorti de la définition littérale de travail de la langue) pour communication, je les inclus dans "nous". Tout ce qui se communique, se pense ou alors ressemble à un embryon de pensée. quand on considère la communication comme pas seulement le passage de quelque chose vers quelque chose, mais cela avec un but précis. Et donc, comme un simili de langage(dans le sens général).

Bref, la musique est langage

Ou alors, tout ça est un grand n'importe quoi.

Jérôme O. a dit…

Merci pour ces remarques. Voici quelques éléments de réponse.

Dire : "la musique est communication", c'est une pétition de principe, ce n'est pas un argument (comme parler de "danse des abeilles", ça présuppose une démarche artistique, alors que le mouvement des abeilles ne peut être dit "danse" que par métaphore). C'est en quelque sorte précisément cela qu'il faut montrer et non dont il faut partir. En partant de cette affirmation, on ne peut que la retrouver.

Concernant "le silence est d'or, etc.", je ne comprends pas ce que ça veut dire. Mais, je crois que quand on dit : "la musique permet au langage d'être", on est très loin de mes préoccupations. C'est quasiment de la mystique ce genre de phrases. On traite la musique et le langage comme des entités qui existeraient par elles-mêmes dans une sorte d'éther métaphysique au sein duquel elles entretiendraient divers rapports. C'est une attitude dont il faut se dépendre : celle qui consiste à hypostasier ce dont nous parlons, à en faire des entités unifiées sur lesquels on peut tenir des discours généraux.

""La musique dont tu parles", est langage. puisque tu en parles. " C'est faux. C'est une raisonnement fallacieux. Selon ce genre de raisonnement, si je dis "Les papillons volent", alors les papillons sont langage parce que j'en parle. Ce qui est absurde. Ce n'est pas parce qu'on parle de quelque chose que c'est du langage. D'ailleurs, c'est une des choses que je pense : tout n'est pas langage, mais le langage peut tout dire. Et, les deux sont peut-être liés (il est étrange en ce sens de constater que souvent les mêmes qui pensent que tout est langage sont aussi de ceux qui pensent qu'il y a de l'ineffable).

En fait, le fond du problème est peut-être la croyance selon laquelle tout est signe. Dès lors, un son n'est pas seulement un son, mais toujours déjà un élément signifiant. Or, c'est comme si l'on disait que la fumée est du langage parce qu'on peut faire des signaux de fumée et communiquer à distance. Dire que la musique est un langage n'est pas, à mon sens, un énoncé descriptif, c'est déjà une interprétation. Je veux dire par là que ça ne va pas de soi dans la mesure où les sons ne sont pas des éléments signifiants. Dire que la musique est un langage revient à traiter les notes comme les mots, les mélodies sont comme des phrases, etc. C'est une position qui se défend, mais elle néglige au moins la dimension temporelle de la musique : on n'entend pas une phrase d'une langue que l'on comprend comme on entend une mélodie. À titre de comparaison l'ordre des mots dans une phrase ne change pas nécessairement le sens de la phrase alors qu'une différence d'ordre dans les notes d'une mélodie implique une différence dans la sonorité de la mélodie.

Ce que je cherche à faire dans ce texte, "écrire - la musique", donc, c'est essayer de comprendre ce qui fait la spécificité de la musique. Or, à mon sens, c'est précisément ce que nous empêchent de faire les thèses du genre : "la musique est un langage" ou "la musique est du langage". En présupposant que la musique est un langage, on rabat la musique sur autre chose qu'elle-même, on se met en terrain connu, on se rassure, on évacue toute l'étrangeté qu'il peut y avoir à essayer de savoir ce qui fait de la musique quelque chose de singulier. Toutefois, comme on le verra, le texte ne se réduit pas à la démonstration d'une thèse…