samedi 9 février 2008

images photographiques : § 3. cécité

Ma hantise, mon angoisse publique, c’est d’être cet analphabète dont parle Moholy-Nagy : « L’analphabète de demain ne sera pas celui qui ignore l’écriture, mais celui qui ignore la photographie » [Peinture, photographie, Film (1925)]. Ne pas savoir lire le sens d’une image photographique. Certes, parfois, je reste muet mais, ce n’est pas ainsi que le problème se pose, mais bien plutôt comme celui de la cécité face à la signification de l’image, de la photographie. Une photographie peut bien n’avoir pas de sens (en ce sens, elle serait ratée), mais ce dont me priverait cette cécité sémantique, ce serait précisément de cette capacité à voir / dire que cette photographie-là est ratée, parce que cette photographie-là n’a pas de sens. Ne pas voir que ça n’a pas de sens, ce n’est pas encore être capable de mettre le doigt sur ce qui, outre le sens, fait défaut, mais c’en est une condition. Ce qui importe, à ce niveau-là, ce n’est pas le don d’expertise, mais son préalable qu’est la capacité de voir, simplement en balayant du regard, si la photographie est ou n’est pas ratée.

Il y a bien d’autres niveaux, mais ma hantise porte sur ce niveau-là : la capacité de voir qu’en plus des dispositifs techniques de production de la photographie, il y a quelque chose (et, à ce niveau-là, peu importe encore exactement quoi) qui fait la photographie, qui fait que cette photographie est une image visible, lisible.

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