mardi 12 février 2008

images photographiques : § 4. description

D’un certain point de vue, tout ceci est risible. Mon angoisse publique, ma hantise n’est-elle pas la pose que prend l’esthéticien pour mettre à distance l’objet de son discours (une photographie qu’il voudrait particulière) et construire des abstractions (la référence, la photographie) qu’il dispose à loisir dans un paysage conceptuel qu’il dessine volontairement ?

C’est risible : aucune phrase ne changera jamais la texture des milliards de photographies existantes. Aucune phrase ne changera la forme d’une rue, le visage d’une femme, imprimés sur le film de la pellicule ou pixellisés. Et, pourtant, malgré cette impuissance partielle, je ne me résous pas au silence, j’écris depuis le début sur la lame de ce rire, j’écris pour qu’il ne cesse pas de résonner, mais pour qu’il fasse résonner ces quelques phrases hors-sujet, hors-champ, que je ne destine peut-être qu’à mon seul regard, peut-être à d’autres regards qui, pour extérieurs qu’ils sont au mien, ne m’en sont pas moins précieux.

De quelle photographie parler (et, posant cette question, il me semble qu’il n’y a qu’une réponse : aucune — j’erre) ?

De quelle photographie parler, je veux dire : parler pour ne pas répéter ce qu’elle dit déjà, c’est-à-dire la décrire, ce qui serait répéter ce qu’elle dit d’elle-même, toute seule, si bien, si bien que toute description n’en serait que la répétition textuelle et impuissante, à nouveau, car désemparée de l’image à laquelle elle se rattache. Alors, je me dis : le problème avec la question de la référence de la photographie, ce n’est en fait pas le problème de la photographie (il lui faut une cause, mais une cause n’est pas la référence : la cause de x n’est pas la référence de x), mais le problème du discours à propos de la photographie. Ce discours, s’il est descriptif, a pour référence la photographie qu’il décrit, mais la photographie n’est pas la cause de la description. En décrivant la photographie, le discours à son propos la manque, il s’en éloigne non pour la comprendre, comme on prendrait du recul, mais dans l’espoir de la restituer alors même que ce discours n’a de sens que si la photographie est comprésente. Le discours descriptif tend ainsi à produire un texte homogène à partir d’éléments hétérogènes (écrit, photographie) et à insérer l’image dans son corps textuel, à l’y faire disparaître tout en prétendant la faire apparaître en manifestant sa signification ou son essence.
Ne parler d’aucune photographie, par conséquent, n’est-ce pas ?

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