dimanche 17 février 2008

images photographiques : § 5. spectateur

J’ai toujours quelque chose à voir avec le photographe, ce qui ne signifie pas qu’il me donne quelque chose à voir (chaque fois, devant une image photographique, j’ai le pouvoir de refuser sans aller à l’encontre de l’esprit du spectacle, alors qu’un don, cela ne se refuse pas) : si je ne vois pas nécessairement ce qu’il a vu (je n’en vois qu’une impression, un tirage), je vois son regard, la manière dont il voit les choses, je vois le regard qu’il pose sur les choses, la manière dont il fait surgir certains aspects des choses, les achève et les archive dans l’image avant qu’ils ne changent, avant qu’ils ne se dérobent à son regard.

Pour mon regard de spectateur, la photographie n’immortalise rien, elle retient des choses leurs aspects changeants. Pour mon regard de spectateur, il n’y a pas d’immortalité dans l’image, il n’y a que la postérité de l’image qui ne fait que succéder à l’événement qu’elle fixe : si elle fixe un événement, à cause de la singularité même de l’événement, elle n’empêche pas ce que l’on pourrait tenir pour sa mort, elle ne fait que l’enregistrer et, la suivant dans le temps, elle la rappelle toujours, à chaque nouveau regard qu’elle attire à elle.

Par l’image, rien ne passe à la postérité, l’image est elle-même la postérité, l’image est elle-même la postérité, bornée qu’elle est, en tant qu’elle est photographie, à enregistrer comme une machine à archiver, à découper dans le flux continuel des événements ces morceaux spécifiques qui restent dans les images que nous sommes désormais habitués à voir.

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