dimanche 23 mars 2008

écrire — la musique : I. § 8. bill evans

À propos du disque de Bill Evans, Conversations with myself

En pratiquant l’overdub, Bill Evans pratique une forme de collage musical par la superposition de couches de piano. Cette pratique consiste à enregistrer une première partie de piano et à en jouer et enregistrer une ou deux autres en écoutant la (les) première(s) partie(s) enregistrée(s). La composition devient alors un processus complexe qui ne consiste pas à penser l’agencement de plusieurs instruments joués par divers interprètes, mais à penser l’agencement de diverses parties pour un seul instrument et un seul interprète.

Les duos ou trios pour un seul instrument et un seul interprète qui émergent de cette manière spécifique de concevoir la musique sont autant de manières de concevoir une musique qui, jouée dans l’intimité d’un studio qui devient le lieu d’une série de dialogues, de conversations, avec soi-même, décrit la manière dont le musicien se rapporte à sa propre musique et comment, de ce rapport à sa propre musique, peut émerger une forme de musique nouvelle, enrichie des multiples approches que le musicien aura eues de sa propre musique.

À partir de ce genre d’analyse, on peut distinguer deux types d’overdub :

(1) un overdub technologique
et
(2) un overdub musical.

(2) n’est pas réductible à (1) : la technologique fait apparaître une nouvelle forme de composition musicale sans que celle-ci soit réductible à la technologie dont elle est issue et qui la rend pourtant possible. Cette nouvelle approche musicale provient de la technologie, mais au moment où elle est appréhendée par un musicien comme Bill Evans, elle s’en libère et devient quelque chose d’indépendant.

Il faut encore noter que Conversations with myself est principalement un album de reprises. Parmi ces reprises, il s’agit encore principalement de reprises de Monk. Ce point est intéressant à ce titre qu’on peut concevoir qu’il s’agit là d’une superposition de manières d’interpréter (puisque Bill Evans joue) et d’entendre (puisque ce sont des reprises) la musique, la partition, le morceau à reprendre, comme si l’interprète ne se pouvait décider entre plusieurs interprétations possibles d’un même morceau, ou mieux : comme si la meilleure interprétation possible était précisément celle qui inclut plusieurs interprétations possibles d’un même morceau en les superposant, en les fondant dans un même morceau qui rappelle la version “originale” et qui englobe plusieurs manières de la jouer, de l’entendre.

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