vendredi 21 mars 2008

écrire — la musique : I. § 6. préparer une guitare

J’ai essayé d’écrire la musique, sans jamais y parvenir. Ou bien : sans jamais vouloir y parvenir. Qu’importe la nuance ? Qu’importe la volonté dans ces matières ? Je ne l’ai jamais fait.

Ou plutôt : si je l’ai déjà fait, si je m’y suis essayé, ça ne m’a jamais rien fait. J’ai fini par chercher d’autres voies, d’autres moyens de parvenir à ce que l’on atteint par là, en écrivant de la musique. Chercher des moyens d’inscrire la musique concrètement sur quelque support. C’est ainsi que j’ai pu préparer des guitares.

Ce que j’aime dans l’acte de préparer une guitare — et que Cage (je le fantasme) aimait peut-être dans l’acte de préparer un piano — c’est la possibilité d’inscrire physiquement la partition dans l’instrument. La partition n’est pas donnée préalablement, elle est inscrite, comme écrite sur le manche de l’instrument. La préparation de la guitare limite en effet les possibilités de jeu, elle limite l’instrument à ce qu’il en reste une fois préparé. Jouer devient donc jouer avec la limitation, ou plutôt, jouer de, se jouer de la limitation puisqu’elle a été construite pour pouvoir en jouer. Jouer, c’est jouer une partition qui n’est pas extérieure à l’instrument, mais qui y est physiquement présente. La marge, l’espace libéré entre ce qui est physiquement présent à l’instrument et ce qui est effectivement joué est une interprétation, l’interprétation du dispositif, de la préparation tout autant que l’interprétation musicale (le jeu) proprement dite.

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