samedi 1 mars 2008

images photographiques : § 6. voir double

L’objectif n’est pas l’œil du photographe. Et, néanmoins, en un sens décisif pour la photographie, chaque photographe voit double.

Cette double vision, je lui trouve au moins deux significations. D’une part, le photographe voit ce qu’il voit et il voit ce qu’il voit comme l’objet d’une photographie. D’autre part, il voit ce qu’il voit et il voit l’image reconstituée par l’objectif, image qu’il vise.

Voir double, c’est ainsi voir et viser. Viser non pas comme si un objet intentionnel était visé par le regard du photographe-phénoménologue, mais au sens d’une intensification du voir. Le voir photographique est un voir intense en ce qu’il tend à la fixation de ce qui est vu. Il scrute donc ce qui est vu jusqu’à en induire une image qui ne se déduit pas de ce qui est vu. Elle lui est reliée, causalement certes, mais doublement puisque l’image photographique est causée par l’événement dont elle est tenue pour une image et, simultanément, causée par l’activité du photographe.

Le voir photographique est un voir double, un état second et une activité : il relaie, transpose, déplace, modifie et influe en retour par l’impression que l’image qui en est issue produit sur celui qui la regarde (c’est-à-dire, d’abord, le photographe) sur l’événement qu’il cherche à saisir dans sa singularité, dans ce qu’il a de non-répétable même si je peux le rappeler, le décrire indéfiniment.

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