mardi 25 mars 2008

images photographiques : § 7. découpage

L’isolement d’un détail, que ce soit d’un tableau, d’une sculpture ou d’une photographie, fonctionne comme l’équivalent graphique ou visuel de la citation textuelle.

J’imagine ainsi un travail manuel, une pratique de découpage qui consisterait à mettre en évidence certaines parties d’une image et éviterait ainsi les non-significations auxquelles confine la description. J’imagine ainsi que je découpe l’image en morceaux et que ce découpage rend possible une reconstitution de l’image à partir de ces morceaux, non pas comme l’on reconstitue la scène d’un crime, mais comme on pourrait analyser un complexe en ses éléments.

Je dis que j’imagine parce qu’aucun de ces éléments ne serait simple, mais lui-même composé d’une infinité de points. Seulement, peut-être, ces morceaux pourraient-ils signifier par eux-mêmes, à condition que le découpage, sans obéir nécessairement à des règles a priori, suive une règle qui serait celle de l’observation de l’image.

Ce que je chercherais de la sorte, c’est narrer l’histoire de la photographie dont je parlerais. Je ne chercherais pas quelles sont les intentions du photographe mais, si je puis hypostasier à outrance : quelles sont les intentions de la photographie. Plus qu’une hypostase, ce serait de l’anthropomorphisme. Qu’importe ? La narration de l’histoire de la photographie, si elle était menée à son terme par le découpage de ces morceaux de photographie, rendrait compte (je ne veux pas dire : “raison”) d’elle-même, c’est-à-dire : elle témoignerait de son efficacité en tant que pratique, en tant que décision d’agir, malgré l’incertitude, d’une certaine manière.

Agir de la sorte, ce serait agir en retour de l’action du photographe, lui dire : « Tu vois [comment ne pas tutoyer celui dont on est par la force de l’image le visionnaire], je ne suis pas passif, j’agis aussi. Je sais que je te maltraite, je sais qu’au regard de l’intégrité de ton image, je maltraite ton œuvre, quelle qu’elle soit, art ou non-art, peu m’importe [c’est un gallicisme qui revient lorsque je parle de photographie], je ne lui témoigne aucune déférence. Certes. Mais, oserais-je l’avouer, oserais-je te l’avouer, est-ce qu’un aveu peut avoir valeur de dédommagement, c’est ainsi que je l’aime : en morceaux. Toi, mon photographe, si je pourrais t’aimer comme le voleur de ma personnalité, si je pourrais t’aimer, toi, lorsque tu violes mon intimité, je t’aime en morceaux, dans cette image qui est la tienne, même si elle n’est pas nécessairement une image de toi, elle est nécessairement une image qui provient de toi. Or, c’est tout ce qui m’importe puisque, tu ne le sais peut-être pas, je ne crois pas en la pertinence de la référence en photographie. »

J’aime la photographie, en morceaux. J’aime les morceaux de la photographie que je découpe : je les aimes en pièces — dispersées, puis, rapiécées, comme un tout.

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