vendredi 18 avril 2008

écrire — la musique : I. § 9 : Adorno et Boèce

Adorno, dans un article sur le disque vinyl, soutient que le disque fait « à nouveau apparaître une relation immémoriale, perdue et pourtant authentifiée : la relation de la musique et de l’écriture ». Il ajoute : 

La musique, précédemment transmise par l’écriture, d’un coup se transforme elle-même en écriture.

Le pressage inscrit la musique dans le disque. Or, cette marque, cette inscription physique, est interprétée comme étant d’emblée écriture. Ainsi, avec Adorno, ne se pose pas la question de l’écriture comme savoir, mais la question d’une écriture machinique. Toujours est-il que la musique n’est pas pensée dans sa spécificité, mais selon un modèle à elle étrangère et dont elle devient une instance. En un sens, cette position est encore plus radicale que la position classique, plus réductrice pour la musique puisque la musique n’est pas subordonnée à l’écriture, elle la devient, elle s’identifie à elle.

Mon propos n’est en aucun cas de condamner l’idée d’une écriture musicale. Il s’agit plutôt, en soulignant deux rapports musique / écriture de mettre en évidence le fait que l’on évite ainsi de penser la musique dans ce qu’elle a de propre.


Le schéma suivant semble éclairant :

Boèce    ====> La musique est subordonnée à l’écriture comme l’expérience à la science

Adorno ====> La musique, en son époque technique / mécanique / machinique devient écriture

Dans les deux cas, la musique ne fonctionne pas proprement comme musique, mais comme écriture, sur le modèle de l’écriture, soit comme ce qui en contient les principes, la science, soit comme la mutation de la musique à une époque déterminée de son histoire.

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