dimanche 13 avril 2008

de la fin de l'art, esquisse d’une espèce de théorie


(1) Du sens de “la fin de l’art”

“Fin” est à prendre au sens propre, comme lorsqu’on dit, au terme d’une histoire d’amour, comme l’infirmière qui annonce la mort d’un individu : « c’est fini ».
L’art, c’est fini, c’est-à-dire : ce que signifiait notre concept d’art n’a plus court. L’art n’est plus ce qu’il était en ce sens que, par exemple, je peux devenir moi-même un candidat à l’évaluation artistique en tant que ready-made.
Ceci implique un déplacement de la question : l’important n’est pas que x soit ou non de l’art, mais la valeur de x.
Si n’importe quoi peut être de l’art, le concept “art” n’a plus de force discriminante, il ne permet plus de faire le tri entre des objets.

(2) Ce qui importe, c’est : est-ce que c’est bon ou non ?

Dès lors, peu importe que ce soit de l’art, ce qui importe, c’est la valeur, la qualité, la force, la beauté, l’élégance, etc. Les critères qui permettaient d’évaluer une œuvre d’art n’ont pas perdu de leur pertinence, c’est l’art qui a perdu sa pertinence. Nos évaluations sont toujours aussi pertinentes, c’est en quelque sorte leur objet qui ne l’est plus.
L’indifférence possible et effective, dans certains cas qui tendent à devenir majoritaires : ready-made, ready-made photographique, silence musical, etc., entre un objet d’art ou un événement d’art et un simple objet ou événement ne signifie pas qu’il faille trouver une solution à un problème spécifique qui se poserait lorsqu’on cherche à distinguer l’art du reste du monde. En revanche, cela signifie que le concept d’art, dans la mesure où il peut subsumer n’importe quoi, dans la mesure donc où son extension est potentiellement infinie, n’a plus d’intension propre. Il perd ainsi de sa pertinence et de son efficace en tant que catégorie permettant de classer les objets ou les événements du monde.

(3) “Art” comme le non-sens qu’il est devenu

C’est en ce sens que l’art est fini. Non pas dans la mesure où il n’y aurait plus rien que l’on serait en mesure de reconnaître comme de l’art, ni dans la mesure où quelque chose nous aurait enfin été révélé sa vraie nature. L’art est fini parce que son concept ne veut plus rien dire, parce que, à force de tout pouvoir dire en disant « art », nous avons fini par ne plus rien signifier du tout par ce terme. Pour autant cette dimension conceptuelle de la fin de l’art ne doit pas nous faire perdre de vue ses implications pratiques. Ce sont nos évaluations qui prennent le pas, nos appréciations, nos décisions, nos croyances, nos rejets. Si l’art est fini, nous ne sommes plus sommés de nous incliner devant ses productions. Nous ne lui devons rien, nous ne devons rien faire, mais nous pouvons, en revanche, nous attarder sur certains artefacts, les considérer comme dignes de notre attention et expliquer, faire comprendre, rendre publiques les raisons pour lesquelles nous leur accordons une telle attention.

(4) Nostalgie de l’art

La tentation est grande de penser en nostalgique, de penser que nous avons perdu quelque chose en perdant l’art. Mais, c’est un tort. Il vaut mieux vivre avec des formes nouvelles plutôt que, comme nous le faisons encore aujourd’hui, avec des formes mortes, qu’on a vidées de leur contenu. Cette situation recèle quelque chose qui est de l’ordre du paradoxe. Ce que je suggère, c’est que l’art est mort, mais pas l’esthétique. Et, ceci aussi : l’art est mort, mais pas les arts. L’art en tant que champ cohérent qui a un sens, qui va quelque part, n’a plus d’intérêt. Ce qui en a en revanche, ce sont tous ces particuliers que l’on peut rencontrer en des endroits très différents les uns des autres : des musées, des galeries, des trottoirs, des salles de concert, des librairies, des bibliothèques, des murs et que l’on peut évaluer après en avoir fait l’expérience. Mais, ces particuliers, dans une large mesure, rien ne les précède : ils ne participent pas d’une histoire dans laquelle ils auraient à prendre place. De la même manière qu’aujourd’hui les artistes, pourvu qu’ils aient quelque talent, font ce qu’ils veulent, ces particuliers, nous en faisons ce que nous en voulons. Nous pouvons les relier entre eux, raconter des histoires, leur assigner une place dans nos vies.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

L'esthétique trouve ses fondements dans la théorie, la pratique et la poïétique, disciplines de l'esprit et des sens liées à la logique [...] L'esthétique comprend l'application de la théorie dans la pratique. La pratique s'articule en deux phases élémentaires, la technique et l'artisanat.