lundi 12 mai 2008

écrire — la musique I. § 11 : john cage


Adorno dit quelque part dans son livre sur Schönberg et Stravinsky que l’atonalité est à la musique ce que l’abstraction est à la peinture. Si cette analogie semble pertinente, on peut en faire une autre entre « 4’33’’ » de John Cage — son œuvre silencieuse — et le ready-made. « Fontaine » de Duchamp, et par extension le ready-made, met en question la différence entre objet et œuvre.

L’œuvre de Cage soulignerait l’absence presque totale de différence entre le silence et la musique, les bruits qui viennent perturbés le silence et la musique elle-même. Cage va jusqu’au bout de l’avant-garde et, pourrait-on dire, comme Duchamp, la rend impossible. L’œuvre musicale fait entendre le silence. Mais, ce n’est pas une simple performance. Ce qui rend cette œuvre pertinente, c’est qu’il y a une notation du silence en musique. L’œuvre est une œuvre écrite. Tacet. Tacet. Trois fois « Tacet ». Seulement, ce que l’écriture musicale donne à entendre, ce qu’elle fait entendre, c’est le silence. Le silence comme absence de son est la sonorité que la musique fait entendre.

Ainsi comprise, il pourrait y avoir différentes interprétations de l’œuvre : il y a autant d’interprétations possibles de l’œuvre qu’il y a de silences. Il y a des interprétations de l’œuvre comme il y a des silences pesants, des silences éloquents, des silences qui témoignent d’une intimité entre certaines personnes, des silences de consentement, etc.

Par ailleurs, on peut considérer que Cage réduit la musique à sa plus simple expression : le silence. Toutes les œuvres musicales contiennent une part de silence qui équilibre en quelque sorte l’œuvre. Mais, lorsque le silence est l’œuvre, c’est une manière de montrer que l’espace musical est illimité : quelque chose qui ne fait rien entendre, si ce n’est le silence, cela peut être une œuvre musicale, cela peut être de la musique.

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