mardi 13 mai 2008

l’amorisme esthétique restreint (note)

Note sur "acceptation / rejet" au § 6. : 

Une telle distinction peut paraître simpliste et avoir des conséquences paradoxales. En tant que distinction, elle est forcément un peu simpliste. Quant à son caractère paradoxal, en effet, il me semble que je peux ne prendre aucun plaisir face à une œuvre, et même ressentir un profond sentiment de nausée, et porter un jugement élogieux à son endroit. Mon idée n’est pas celle d’une continuité entre le plaisir esthétique et le jugement élogieux. La photographie d’un groupe de jeunes gens riches et indifférents au désastre et à la misère qui les entourent (je pense à la photographie de Spencer Platt de l’agence Getty Images qui a reçu le prix World Press Photo 2007) peut me choquer et provoquer en moi une crise aiguë de misanthropie. Et, alors que j’ai ressenti ce dégoût, je peux me dire que c’est une excellente photographie. Or, ici, le dégoût ne porte pas sur l’image elle-même, mais sur ce dont elle est une image. Ainsi, n’est-ce pas l’image que je rejette, mais ce dont elle est l’image, ce qu’elle montre du monde dans lequel nous vivons. Et, c’est d’ailleurs pour cette raison que je loue cette image : parce qu’elle me montre sans concession le cynisme du monde dans lequel nous vivons et parce qu’elle ravive par là même la profonde empathie à laquelle je ne suis pas porté spontanément envers ceux qui souffrent dans le monde : ils sont éloignés mais, par l’entremise de la photographie, je me sens proche d’eux. Ainsi, ne faut-il pas confondre l’acceptation ou le rejet de la représentation et du représenté. Une thèse qui ferait le lien entre le plaisir pris face au représenté et le jugement positif à l’égard de l’œuvre aurait les conséquences paradoxales que j’évoquais ci-dessus.

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