samedi 12 juillet 2008

images photographiques : § 8. causes

La plus belle histoire que l’on nous ait racontée au sujet de la photographie, c’est celle d’où l’homme s’absente. Dans l’art de la photographie, nous dit-on, l’homme serait absent et remplacé par la nature qui agirait seule. Ce qu’il y a au fond de cette histoire, ce n’est pas seulement la croyance selon laquelle la technique pourrait libérer la nature de l’homme dans l’art, mais la croyance en des choses, la croyance que ce sont des choses qui sont reproduites par la photographie [C’est André Bazin qui, dans son article : « Ontologie de l’image photographique » parle de l’absence de cette absence de l’homme et du « transfert de la réalité de la chose sur sa reproduction »].

Or, la photographie ne reproduit rien, elle a bien une cause mais, encore une fois, si x est la cause de y, il ne s’ensuit pas que y soit la reproduction de x. Au contraire, y est la production de x, y est produit par x.

Ce que je cherche à mettre en évidence, ce n’est pas l’autonomie de l’image photographique, mais l’impossibilité de la réduire à autre chose qu’elle-même, l’impossibilité de la dissimuler sous le “re-” de la reproduction. Je peux reproduire une photographie, en faire un nouveau tirage, mais, ce faisant, je ne reproduis pas la cause de l’image. La cause de l’image n’est pas reproductible parce qu’elle est à l’embranchement d’au moins trois facteurs : un événement du monde physique (non-répétable), un processus technique (répétable) et l’action d’un agent (répétable en partie seulement parce que son action n’est pas indépendante de ce contexte singulier qu’est tel événement du monde physique)

Tout image photographie est l’effet de ce faisceau de causes. Et, c’est ce faisceau de causes qui rend la photographie si singulière parce qu’elle ne peut être enfermée ni dans un schéma : intention — action, ni dans un schéma : chose — reproduction. La photographie, dans chacune de ses images, met en jeu le monde. Elle met en jeu le monde parce qu’elle présuppose que des séries causales aussi différentes que le sont une série d’événements, un processus technique et l’action d’un agent se rencontrent pour la produire. Elle met en jeu le monde et, en cela, elle n’est à la limite que le résultat du hasard.

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