dimanche 7 décembre 2008

une très courte note sur thomas bernhard et plusieurs notes de bas de page

Les ouvrages de Thomas Bernhard sont marqués par ce que l’on peut appeler des “figures de l’exil” [1]. Ces personnages partent d’Autriche, ou plutôt sont partis, il y reviennent, ne peuvent y revenir, parlent de l’Autriche hors de l’Autriche, etc. Cette thématique, il est possible de la comprendre en prenant en compte le changement de Gestalt qu’a constitué la période 1933-1938. Thomas Bernahrd est un écrivain de ce que l’on peut appeler “l’ère post-Anschluß”, mais ses références majeures me semblent appartenir à une période qui est antérieure à cette ère. La posture critique de Bernhard est telle qu’il écrit en provenance d’un passé dont il n’existe plus que des ruines : ce dont il parle, c’est du présent ; il en parle à partir d’un passé révolu. Ce passé peut être assimilé à la description que fait Jacques Bouveresse de la spécificité autrichienne [2], spécificité que l’Anschluß est précisément venue nier. Or, cette négation n’empêche pas des auteurs comme Bernhard de se référer à cette spécificité, on peut même dire qu’elle les stimule, qu’elle est une des raisons pour lesquelles il écrit comme il écrit. Et, c’est de ce point de vue que l’on peut considérer la question suivante : “Comment écrire en allemand lorsque l’on est si peu Allemand ?” [3] comme étant sous-jacente à toute l’œuvre de Bernhard. En ce sens, la critique de la culture se situe au sein d’un conflit des cultures au sein d’une même langue.


[1] On pensera, par exemple, au narrateur de Auslöschung, Ein Zerfall. Mais, la majeure partie des personnages de Bernhard me semblent posséder cette caractéristique (penser aussi à Wittgenstein, dans Wittgensteins Neffe, Ein Freundschaft. Wittgenstein est un représentant typique de la rupture qui a marqué l’Autriche : fils d’une grande famille de la bourgeoisie viennoise, engagé dans l’armée pendant la première guerre mondiale, puis exil en Grande-Bretagne et en Norvège pour ne jamais revenir (ou presque) en Autriche).
[2] J. Bouveresse, "Infelix Austria. L'Autriche ou les infortunes de la vertu philosophique", publié dans la revue Autriarca et repris dans le deuxième tome de ses Essais. C’est en ce sens que l’on peut aussi interpréter le anti-Heidegger de Alte Meister, comme un refus de ce que l’Allemagne a produit à cette époque ou, plus exactement, de ce qui survit de cette époque. Ce qui survit en philosophie de cette époque, c’est (pour Bernhard) Martin Heidegger, et, dans la vie (la politique, la presse, etc.), c’est un national-socialisme plus ou moins implicite.
[3] Voir la célèbre lettre de Franz Kafka à Max Brod de juin 1921.

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