jeudi 12 février 2009

images photographiques : § 12. immobile

Je propose cette thèse qui porte sur la spécificité du medium photographique : bien qu’elle utilise fondamentalement les mêmes techniques que le cinéma, la télévision ou la vidéo, la photographie utilise ces techniques pour produire une image immobile.

Une des conséquences de cette thèse est que la photographie ne produit pas une image ou une série d’images qu’il faut suivre, mais une image devant laquelle il faut s’arrêter.

Une thèse n’est bonne qu’interprétée et à interpréter.

Il y a (au moins) deux interprétations possibles de cette thèse :
  1. une interprétation radicale, à la Greenberg, pourrait-on dire, qui a pour conséquence d’exclure toute photographie suggérant, imitant ou décrivant le mouvement. Cette interprétation a pour a un avantage pour elle : elle permet de faire un tri parmi les photographies en distinguant celles qui ne respectent pas la spécificité du medium et en considérant dès lors qu’elles ne sauraient être des candidates à l’appréciation esthétique ;
  2. une interprétation souple qui ne considère l’immobilité que comme un élément descriptif : bougés, flous, suggestions ou imitations du mouvement ne sont pas à proprement parler des fautes, elles accentuent plutôt la spécificité du medium. Par ces moyens (flou, bougé), la photographie prend position par rapport au media mobiles tout de même qu’elle peut, le cas échéant, prendre position par rapport à la peinture du point de vue de la couleur ou du contraste entre ombre et lumière.

Je devrais toujours ainsi m’arrêter devant chaque photographie, répondre au temps de pose par ma propre pause, par un accroissement de mon attention en réaction à la photographie. Voir une photographie, ce n’est pas être pris dans un flux, mais c’est y échapper, en quelque sorte s’en échapper.

Regarder une photographie, ce n’est pas suivre une narration qui a lieu sans mon consentement, mais la reconstituer dans chacun des mouvements de mes yeux, décrire du regard les relations que les différents éléments entretiennent entre eux.

Paradoxalement peut-être, la pause n’est ainsi pas le temps d’une passivité, mais celui de l’attention accrue, de l’activité plus intense.

Voir une photographie, si ce n’est pas s’y noyer, c’est la refaire sur regard.

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