samedi 14 mars 2009

écrire — la musique : II. § 3 : ad majorem gloriam dei

Bach écrivait ad majorem gloriam dei. Il écrivait la musique. Je ne le veux ni ne le sais. Je ne veux pas même l’apprendre, l’apprentissage, le dressage, m’est devenu insupportable. Je ne sais pas écrire (de) la musique. Je ne fais, au mieux, qu’écrire à propos (de) la musique. Je n’ai pas cette raison divine pour le faire. Je le fais.

Mes mots ne sont pas des notes. Mes phrases ne s’écrivent pas sur des portées. Elles sont, peut-être, à propos de choses qui s’écrivent sur des portées, au mieux, à propos de ces événements qui se peuvent écrire sur des portées : à propos des sons. À propos des sons ou, au mieux, c’est à craindre, à propos de ce que je pense de ces sons, à propos de ce que j’imagine d’eux, à propos de ce que je peux bien laisser passer d’eux vers quelqu’un d’autre de ce que j’en pense — imagine — phantasme — puisque, parfois, cela aussi, c’est à craindre, il faut bien passer par des images pour parler de ces sons, en dire quelque chose (d’) intelligible.

Et, puisque c’est pour quelqu’un d’autre, puisque c’est de cela qu’il s’agit, puisqu’il faut dire à quelqu’un d’autre (non que cela soit une contrainte — ça ne l’est aucunement) quelque chose qu’il puisse entendre, lui aussi, quelque chose que je ne sois pas le seul à entendre, pas tout seul à entendre, quelque chose en quoi il puisse croire, lui aussi. Pourquoi pas ?

Passer par des images, peut-être est-ce le meilleur moyen de se faire entendre. Non qu’ainsi la musique se fasse comprendre, Dieu seul sait qui la comprend — Dieu seul sait si seulement quelqu’un la comprend — mais ainsi la musique peut devenir plus simplement l’objet d’une envie, d’un désir sans doute transitoire, passager, la musique devenant le passager d’un désir qui ne la porte pas, elle, mais qui porte peut-être l’auditeur, le temps d’une écoute vers elle. Du moins, c’est cela que j’imagine.

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