mardi 24 mars 2009

écrire — la musique : II. § 5 : originalité / critique

Est-ce à dire ?

Ce qui (m’) importe en musique est sans doute moins l'originalité — mythe rétrospectif / construit a posteriori d'une origine — que l'on se donne comme un point de départ ou d'ancrage dans l'histoire — que l'inventivité, qui n'est pas la faculté de transcrire des idées en musique, mais la capacité à penser en musique. En musique, c'est une thèse que je soutiens, il ne devrait pas y avoir d'idées autres que musicales, des thèmes peut-être, des émotions, de l'expression (de sentiments, par exemple), certes, mais pas d'idées extra-musicales. Toute la pensée doit se passer en musique et non pas passer dans la musique comme quelque chose qui aurait besoin d'un supplément d'âme, d'esprit, d'intelligence ou de langage.

La musique, qu’elle soit un langage ou non est une autre question, n'est certainement pas le langage moins quelque chose. La musique est complète, ce qui n'implique pas qu'elle soit close sur elle-même. C'est même sans doute la condition de son ouverture possible. Un ensemble de formes incomplet — en manque — a besoin de ce dont il manque pour exister, se manifester, se communiquer, être perçu, compris pleinement. C'est ce dont, précisément, la musique n'a pas besoin. L’écoute — qu'elle soit éduquée, culturelle, etc. ne change rien à l'affaire — seule est décisive.

Aussi, la littérature sur la musique n’a-t-elle pas pour fonction de révéler quoi que ce soit de la musique — sons sens, sa portée, son importance — cela doit se faire entendre dans la musique, dans le moment même où elle a lieu. La littérature sur la musique est de la littérature. C'est ce que l'on raconte peut-être comme une histoire, comme un contexte que l'on donne : un récit ou bien une fiction théorique : ça vient de l'extérieur et ça reste à l'extérieur de la musique, la musique étant toujours hors de portée du texte. Ça ne rend pas vain ou inutile cette littérature, c'est peut-être même tout le contraire si l'on accepte que cette littérature n'ait pas la prétention de dire ce que la musique ne dit pas. Car, la musique — quand même elle me parlerait — ne dit rien. Même si la musique intègre un texte, il n'est jamais qu'un prétexte.

Aussi, la critique musicale est-elle de la littérature. J'entends par là :

- Qu’elle parle de quelque chose qu'elle ne peut pas rendre présent et qui est toujours et l'objet essentiel et l'éternel absent de son discours. En un sens, elle est superfétatoire : ensemble de phrases sur ce qui n'en a pas besoin pour s'exprimer, se faire entendre, elle est un supplément à ce qui ne souffre pas de manque, elle s'ajoute à ce qui n'en a pas nécessairement besoin, tout en étant d'un autre ordre qu'elle.

- Qu’elle est fiction, en grande partie en raison de ce que l'on vient de dire. Elle doit trouver des façons de dire la musique qui ne dit pas, même si elle peut évoquer ou bien faire entendre un texte. Fiction, donc, car son objet n'est jamais là quand elle le dit, non qu'il soit impossible à présenter, mais elle est incapable de le présenter, impuissante : ce qu'elle dit est fictif par rapport à son objet. Elle se définit en quelque sorte par l'absence de ce dont elle parle. Elle invente des formes linguistiques qui rapportent l'absence, mais ne la pallient pas, ne font au contraire que l'accroître, elle rend criant ce qui fait défaut.

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