jeudi 2 avril 2009

écrire — la musique : II. § 6 : musique ou langage

Sans doute la musique parle-t-elle aussi ; mais ce ne peut être qu’en raison de son rapport négatif à la langue et parce qu’en se séparant d’elle, la musique a conservé l’empreinte en creux de sa structure formelle et de sa fonction sémiotique : il ne saurait y avoir de musique sans langage qui lui préexiste et dont elle continue de dépendre, si l’on peut dire, comme une appartenance privative. La musique c’est le langage moins le sens.
Claude Lévi-Strauss, Mythologiques IV : L’homme nu, Paris, Plon, 1971, p. 578-579.

Comme on pense toujours, hélas !, la musique par rapport à autre chose qu’elle-même, et pis encore, dans un rapport de dépendance à autre chose qu’elle-même. Or, faisant une sorte de genèse mythologique de la musique comme se séparant du langage, ce que l'on atteste, c’est moins de l'existence d'une essence historique de la musique que de l’impuissance à penser la musique pour elle-même. Comme si, comme toujours, la musique nous rendait impuissants. Ou, plus exactement, comme s’il y avait une puissance de la musique que nous ne serions pas en mesure de penser pour elle-même, comme s’il nous fallait toujours rattacher la musique à autre chose qu’elle-même pour en contrôler les effets.

En un sens, de cet effort pour retracer la genèse de la musique, de cette séparation historique de la musique d’avec le langage, ne pourrait-on pas tout aussi bien conclure que la musique, c’est le langage plus quelque chose ? Quelque chose qui serait déterminé en pensant la spécificité de la musique. Mais, non. Il y a quelque chose dans la musique qui effraie, stupéfie, déchaîne le corps et rend muet. Et peut-être d’ailleurs, ce serait ce supplément qu’apporterait la musique une fois séparée du langage qui rendrait muet.


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