lundi 25 mai 2009

écrire — la musique : II. § 7 : art et industrie

Les producteurs de « musique populaire » ne sont ni globalement ni essentiellement moins « bons » que les compositeurs de « musique savante ». La différence réside en cela que, dans le premier cas, la médiocrité est encouragée pour plaire (la musique est une industrie) tandis que, dans le second, la médiocrité est condamnée (la musique est un art).

 Ce qui, dans une certaine mesure, peut se traduire ainsi : l’attitude qui consiste à célébrer le triomphe de l’entertainment et, par là, à la faveur d’un paradoxe qui reste encore à exposer, fait l’apologie du travail, du métier, du savoir-faire, du savoir-produire, des hits et l’attitude qui consiste à dénoncer la marchandisation de la culture et la domination du modèle ultra-libéral — son hégémonie — comme course effrénée vers le profit qui méprise les personnes  et déshumanise [ne traite les personnes que comme des moyens et jamais comme des fins] sont toutes deux à rejeter.

L’une parce qu’elle fait l’apologie d’un travail qui ne produit que du rien, du vide, de l’éphémère — en ce sens, elle nie le loisir même, qui ne fait rien sans pour autant faire du rien. L’autre parce qu’elle est uniquement négative ne proposant rien — pas même du rien — et n’existant que pour autant qu’elle conteste, condamne, s’oppose, dénonce, réagit à un mouvement qui la fait vivre ou plutôt exister en tant que l’un de ses épiphénomènes.

La différence entre l’art et l’industrie n’est pas une différence de nature, mais une différence d’objectifs. Or, rien ne permet de déduire a priori de la différence des objectifs la supériorité de l’art sur l’industrie. Il n’y a pas une sorte de loi qui établirait la supériorité des œuvres (disons de Pierre Boulez) aux produits (disons de Britney Spears). Il faut juger au cas par cas et éviter en toutes circonstances la déférence comme le mépris.

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