samedi 1 août 2009

écrire — la musique : III. § 1. s'étaler

J’ai commencé à parler de ma mère. Fatalement. C’était fatal cet intimisme sous contrainte de rigueur — c’est ainsi que je le nommerais pour parodier Nelson Goodman.

D’ailleurs, jusqu’à quel point tout ceci n’est-il pas une vaste parodie ? Parodie de ces faux maîtres inventés sur le tard (Camus, Barthes, Derrida — quoique des trois, le premier ait fait date), parodie de Proust surtout, sans doute, la mort, le temps qui passe, l’écriture qui se cherche moins qu’on ne la cherche, la littérature.

À moins qu’on ne puisse pas faire l’économie de cet étalage de soi. À moins qu’on ne puisse pas éviter de commencer par soi, moins pour se montrer et être là que parce que la seule origine, elle est bien là. C’est soi, pas le moi, pas le sujet ou je sais trop bien quelle autre chimère, mais la fabrication d’un point de repère puisque c’est toujours par rapport à soi — et à tout ce que le soi implique (la culture, l’histoire, le cours de l’existence, la contingence et la nécessité a posteriori des discontinuités — il fallait en passer par là) — c’est à partir de soi, dis-je, que l’on juge, évalue, discerne, disserte, digresse, progresse, évolue.

Il faut bien un point de repère, un point de départ, un cadre au sein duquel ce que l’on fait, ce que l’on dit, ce que j’écris peut avoir une signification. Parler de musique, puisque c’est de cela qu’il s’agit, ex nihilo, comme si ça allait de soi, comme si l’on était habilité à le faire par l’effet d’une quelconque vertu (interne : la sensibilité à … ; ou externe : l’institution qui légitime), cela ne saurait avoir de sens. La seule raison, la seule justification vient de soi. Encore faut-il l’exposer. Et, c’est de là que provient la forme. C’est de là que vient l’écriture.

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