jeudi 6 août 2009

écrire — la musique : III. § 2. se résumer

Si je voulais résumer, sinon ce qui fait le cœur de l’argument, du moins une idée fixe, je m’y prendrais sans doute ainsi :

(1) la musique n’est pas un langage
(2) la notation musicale peut être considérée comme un langage en tant qu’écriture
(3) la musique n’est pas réductible à la notation musicale
(4) la notation musicale n’est qu’une manière de noter la musique, en quelque sorte une forme primitive d’enregistrement
(5) la musique est avant tout sonore

Mais, n’y aurait-il pas quelque chose de frelaté à procéder ainsi ? Comme si l’on pouvait parler d’activités humaines telles que la musique et le langage d’une manière si ouvertement essentialiste qu’on finisse par les traiter comme des choses ou des classes de choses.

Dire : “La musique est un langage” revient à traiter la musique comme une entité et le langage comme une classe d’entités dans laquelle est contenue la musique.

Or, la raison principale pour laquelle la musique n'est pas un langage est presque triviale : la musique fait partie des pratiques artistiques. Dès lors, dire que la musique est un langage serait comme dire que la poésie est un langage. La poésie n’est pas un langage, elle fait usage du langage. Ce qui est complètement différent. La différence est certes dans la différence des points de vue, des manières d’aborder les problèmes. Mais, ce n’en pas moins une différence décisive.

De plus, si l’on peut bien parler de “langage musical”, on ne fait au mieux que redoubler la question, ou plutôt : on ne fait que la déplacer — plutôt que de parler de musique, on parle de langage. On parle syntaxe, sémantique, mais encore une fois, on rabat la musique sur l'écriture. On ne l’assimile peut-être pas alors à une autre classe d’entités, mais on la pense par analogie avec autre chose qu’elle-même, important les catégories dont on se sert pour décrire le fonctionnement du langage dans la description du fonctionnement de la musique.

Or, l'écriture de la musique n'englobe pas la musique. Elle n'est qu'une manière de la noter, relative à une culture, une tradition, manière qui est susceptible d’être dépassée — Iannis Xenakis et l’usage qu’il a pu faire des courbes mathématiques, des suites de nombres et du calcul des probabilités — ou abandonnée — ne serait-ce que temporairement parce que telle pièce musicale ne peut tout simplement pas être notée, mais décrite en exposant la règle de sa performance (par exemple : Pendulum Music de Steve Reich, voir II, 11).

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