mercredi 7 octobre 2009

ma rentrée littéraire : § 3. Gustave Flaubert, L'éducation sentimentale

Toi tu sais sur Flaubert pas un mot à dire inutiles les mots en l’occurrence quelques images suffisent les souvenirs de ta mère et si elle a moins écrit dans ces marges que dans celles des Canti de Leopardi, si tu les montres celles-ci et non celles-là, c’est par manque de savoir, par manque de connaissance et par amour, aussi, de la langue maternelle, qui n’était pas pourtant la langue de la mère de ta mère. C’est une question d’amour, si tu veux, tu sais, l’amour maternel, quand on ne l’a plus tout change, sauf le sens des annotations laissées dans les marges des livres qu’elle avait lus. Ma rentrée littéraire, je veux faire en sorte que ce soit aussi la sienne. Pas seulement un égoïsme. Non. Aussi une forme de mémoire. Tu vois, le problème avec la rentrée littéraire, c’est peut-être ça : le présent absolu, l’absence de mémoire, l’absence de trace laissée sur les livres, simplement leur présence à eux, dans le (peu) de temps même qu’ils sont disponibles. Mais, c’est indécent : ma mère ne se confond pas avec cette mascarade. La mort de ma mère — soit, si tu veux le dire ainsi : l’événement de ma vie, le début, la fin, ce qui conditionne tout et soustrait tout —, ça ne se mesure pas avec la rentrée littéraire. Aussi, ici, Flaubert, c’est une moquerie (L’éducation sentimentale). Si tu veux, fais ce que tu veux, glorifie le moment qui se répète avec insistance tous les ans. Moi, ce que je préfère, c’est le contact avec ce vieux papier, avec l’encre et le crayon de ma mère. Gustave dans l’histoire, si tu veux tout savoir, il compte peu. Ce — non pas « ce », mais « celle » — qui compte, ce sont les notes dans les marges, les traces qu’elle a laissées avant — bien avant ? — qu’elle ne soit ma mère dans les livres qu’elle lisait. Peut-être que ma rentrée littéraire dit ça aussi : ne tue pas le livre — il se peut qu’il conserve les traces de ceux qui sont morts à présent — ces traces, si tu ne les vois pas, c’est que tu n’as pas de passé — est-ce que tu existes sans passé ? — à supposer que le livre soit mort, il garde cependant qu’il se meurt la trace de ceux qui ont vécu — ce Classiques Garnier, je ne le laisserai pas mourir, il est là dans mon histoire, l’abandonner, ce n’est pas m’abandonner moi, mais abandonner ma mère, alors que — regarde :



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