vendredi 18 décembre 2009

ne fais pas de bruit (notes sur acouphènoménologie)

Il n'y a pas de bruit. Ou alors : il y a toujours moins de bruit. Disons ainsi qu'un jour, il n'y aura plus de bruit. Chaque génération augmente le seuil de la tolérance au bruit. Et déplace par là même vers l'infime la limite entre la musique et le bruit. Il n'y a donc pas de bruit ou seulement pour ceux que le temps ou l'histoire laisse derrière. Il n'y a pas de bruit. Ou, s'il y en a eu, ce fut pour l'arrière-garde.

Aujourd'hui quand chaque sonorité nouvelle est accueillie comme une bénédiction, le bruit n'existe plus. Il n'y a plus que des sons. L'extension du concept de son a été à ce point élargie, étendue, qu'il n'y a plus désormais de bruit.

Le coup de grâce, c'est peut-être John Cage qui l'a donné en affirmant que le son qu'il préférait était celui de la circulation dans les rues de New York. Steve Reich peut bien porter des bouchons protecteurs d'oreilles pour supporter l'environnement de la ville dans laquelle il a vécu, ce n'est plus du bruit qu'il se protège, mais des sons qui le dérangent.

Voilà : il n'y a pas de bruit en soi. Le bruit, c'est du son qui te dérange. Indépendamment de toi, ça n'existe pas. Le bruit est une sous-classe du son. Et, en aucun cas, l'autre du son, son contraire, sa négation.

Et toi, si tu dis de telle musique : "Mais, c'est du bruit !", tu reconnais déjà que c'est de la musique (au sens de quelque chose presque comme : du son intentionnel).

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