samedi 30 janvier 2010

notre galaxie punk-rock : slint - ep (touch & go, 1994)

Je ne sais pas pourquoi je n’ai jamais été saisi par Tweez ou Spiderland et pourquoi une seule écoute de la première des deux pièces de cet ep posthume, anonyme et étique aura suffi à me prendre et à me conquérir pour toujours.
Pourquoi ? en fait, si je cherche un peu, je trouve. Pourquoi ? parce qu’on entend condensé en un titre, en quelques minutes et sans que rien ne vienne distraire l'attention, tout ce autour de quoi le post-rock gravite — ce qui est proprement son centre de gravité et que je résume ainsi : le contraste.

D’où en quelque sorte : le post-rock, c’est quoi ? le post-rock, c’est une histoire de contrastes. Jusqu’au cliché, parfois. Mais pas ici, pas encore.

Ici, à Louisville, Kentucky entre la fin des années 1980 et le début des années 1990, c’est encore le temps de l'invention. Dix ans plus tard et aujourd’hui aussi, c’est le temps de la répétition, jusqu’à la nausée, jusqu’au cliché. Ici, à Louisville, Kentucky, il y a Brian McMahan, il y a Britt Walford, il y a Ethan Buckler et il y a surtout David Pajo, qu’on entendra tout seul (Papa M, Aerial M, Pajo) ou avec Tortoise, plus tard.

Ici, à Louisville, Kentucky, c'est neuf. De là à dire que ce sont les premiers à faire ça, cette musique-là, il n’y a qu'un pas. Le faire ? Ne pas le faire ? Est-ce que c’est la bonne question ? Ce qu’il y a (et qui, à défaut d'être une bonne question, est certainement une bonne réponse à une question qu’on pourrait se poser), c’est la nouveauté, l’impression de commencement radical.

Conséquence de la confrontation entre deux atmosphères, deux environnements, deux tendances, deux types de formes. Guitares aigres et maigres, rythme syncopé, hésitation du temps. Contre. Guitares lourdes et puissantes, rythme binaire clairement marqué et fier de sa rectitude. Le tout pris lui-même dans un temps cyclique : alternance des phases, des phrases (donc : contraste) et répétition jusqu'à l'épuisement même de la forme ainsi produite.

Ici, c'est l’extrêmité du middle west, le nord du sud, peut-être pas exactement le bout du monde, mais le beau milieu de nulle part. D’ailleurs, une musique comme celle-ci ne peut pas venir d'ailleurs. Elle ne peut venir que d'ici : le beau milieu de nulle part.

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