vendredi 15 janvier 2010

le monde dans une acouphènoménologie (notes sur acouphènoménologie)

À l’acouphènoménologie appartient encore ceci que les expressions des visages que je croise dans les rues ne sont pas fonction de ma présence dans le champ perceptif de ceux-ci ou de la présence de ces visages eux-mêmes dans l’espace qu’ils occupent eux-mêmes, mais de ces écouteurs qu’ils ont dans ou sur leurs oreilles. Ceux-ci émettent des sons qui sont telle ou telle musique, telle ou telle parole et qui influent sur leur humeur bien plus que ce qui les environne. Ils leur donnent de la joie, ils leur font de la peine, ils les font penser à ceci plutôt qu’à cela. Ce n’est pas moi ou l’espace autour d’eux et de moi. Seulement ce que ces visages portent sur ou dans leurs oreilles.

Le monde, dans une acouphènoménolgie, ce n’est pas ce qui me fait face, ce n’est pas ce qui m’entoure. Le monde, dans une acouphènoménologie, c’est ce que moi seul j’écoute et peu importe où je suis, ce que j’écoute au mépris de la géographie.

Le monde, au sens d’une acouphènoménologie, c’est tout sauf une géographie puisque je le transporte avec moi, sur ou dans mes oreilles, et peu importe où je suis, ce peut toujours être la même chose. Les émotions, ce n’est pas le paysage qui les provoque, mais cela même que j’écoute et, si c’est toujours la même chose, alors ce sera toujours la même émotion. Et, par extension acouphènoménologique, le paysage sera toujours le même paysage : le paysage de ce que j’écoute, peu importe où je suis, peu importe qui je croise, peu importe le lieu et l’heure, c’est — du moins, c’est possible — toujours la même chose.

Dans un monde acouphènoménologique, chacun transporte avec lui sa propre géographie. C'est l'extension à chaque lieu, à chaque instant, à chaque endroit de nos vies de cette idée que la musique (dans sa première formulation, il s'agit de la musique populaire) accompagne nos vies. Le son (musique ou parole enregistrée ou transmise à distance) est ce dans quoi nos vies acouphènoménologiques sont plongées en toute circonstance.

Je vois ce couple dans la rue, main dans la main. Elle lui parle. Il lui répond. Pourtant de son oreille part un fil qui s'enfonce dans sa poche. L'autre écouteur pend le long de son torse. Pendant qu'ils se parlent, même amoureux, un autre son ne cesse de le stimuler, lui (ce pourrait être elle, mais c’est lui). Et, ce n'est pas isolé. Et, c'est ainsi que nous sommes devenus.

1 commentaire:

Ronan a dit…

Comment considérez-vous le fait d'adapter ce qu'on écoute à l'environnement dans lequel on se trouve ?