mercredi 20 janvier 2010

notre galaxie punk-rock : mogwai - come on die young (matador, 1999)

Pour ceux qui, et c’est mon cas, sont nés à la fin des années 1970, le punk joue un rôle presque mythique. Un peu comme si naître à ce moment-là de l’histoire de la musique, c’était naître dans la décadence, après la fin d’une période où la musique fut riche et foisonnante, souvent complexe et démesurée. Naître au moment où la musique se simplifie à outrance, laissant ainsi la place à une énergie brute, pour ne pas dire brutale, dans un mouvement de réaction radicale au progressisme psychédélique. Cet anti-mythe du punk ne touche pas qu’à la musique. Il s’accompagne d’une philosophie de la vie, que l’on pourrait trouver plutôt simpliste, mais qui perpétue néanmoins par la négative un idéal rimbaldien, la poétique en moins, « live fast die young ».

Come on die young, en s’ouvrant sur les mots d’Iggy Pop, ce punk avant l’heure qui eut la bonne idée ou la malchance, comme on voudra, de ne pas mourir jeune, s’inscrit dans cette perspective. Ce n’est cependant la violente simplicité d’un riff de guitare salement saturée qui accompagne le discours, mais quelques arpèges esseulés. Nous sommes bien loin de la fureur que semblait annoncer ce punk rock:. Tout Le disque n'aura de cesse de répéter ce contre-pied, écho incessant qui est aussi l'antithèse de Young team, comme si Mogwai avait déjà vieilli. Les guitares n’exploseront que sur christmas steps et pour quelques courtes minutes seulement.

C’est que l’intention est ailleurs : dans ces notes jouées comme en caressant les cordes et qui pourtant résonnent avec lourdeur. Dès lors, il n’est peut-être pas dépourvu de pertinence de parler de « post-punk » et ce, non dans un sens historique, mais au sens où ce serait une intention punk qui présiderait aux morceaux, intention qui se livrerait comme doucement désabusée. Il n’y aurait pour s’en convaincre qu’à écouter Come on die young : n’est-ce pas de l’aveu de ses auteurs eux-mêmes : une « sad song » ? À la révolte réactive se substituerait ainsi la tristesse d’une chanson : le sujet n’est plus tant la société dans laquelle on vit que la musique elle-même. À la rébellion aurait fait place la tristesse et à un discours contestataire, un discours sur la musique que l’on joue, comme pour bien affirmer que l’on sait ce que l’on fait.

Ou alors : la musique est entrée dans une période où elle est en quelque sorte consciente d’elle-même puisque c’est peut-être aussi ça le postisme : faire ce que l’on fait tout en disant qu'on le fait. Ici on chante qu’on chante une chanson. Déplacement dès lors de l’énergie musicale qui ne s'exprime plus de façon directe (survoltée et / ou révoltée), mais qui est investie dans un chant de son propre chant. Le punk devient post — post-punk, mais ici surtout : il devient le post-rock — en affirmant sa qualité, archives qui parlent pour lui, qui servent à lui donner son nom et paroles qui décrivent l’état même de la chanson.

punk rock: punk rock deux points, c’est-à-dire : voici comment nous entendons nous, le punk-rock, en voici notre interprétation. Nous n’avons plus le sens ou le goût de la révolte (il me paraîtra toujours paradoxal qu’un des moments les plus forts de l’album s’appelle kappa et que « kappa » soit une marque que le groupe déclare porter), mais nous avons un sens nouveau pour cette musique. Or, ce sens modifie à ce point ce que l’on entend par punk-rock qu'il nous faut désormais (il faut entendre par là : en 1999) un mot nouveau pour en parler.



Une première version de ce texte a paru sur le site dMute.net.

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