mardi 19 janvier 2010

notre galaxie punk-rock (tentative)

Le post-rock, parce qu’il contient au moins une constellation et que les éléments qui le composent, des étoiles, si l'on veut, en pensant par ce mot à des anti-stars, mérite le nom de galaxie. C’est un genre mineur. Méprisé par ceux-là même qui y sont associés. C’est un genre mineur en termes de vente aussi (à une exception près peut-être : Millions now living will never die de Tortoise). Pourtant, c’est un genre important. Ou plutôt : ce n’est pas un genre du tout. Ce en quoi sans doute d’emblée il est mineur. Le post-rock, ce n’est rien ou presque. Comme le dit si bien la chanteuse de Louisville Felicia Atkinson sur une musique d’Olivier Cavaillé : « des champs de l’eau Chicago ». C’est dire derechef que ce n’est rien : que de l’espace, du vide, des flux, des choses qui circulent. Mais quelles choses ? De la musique, c’est entendu. Mais quoi d’autre ? Certainement pas rien.


C’est là notre paradoxe : personne ne veut de ce terme et pourtant, c’est tout ce qu’on trouve à dire pour nommer cette musique. C’est un genre important qui porte mal son nom ou du nom duquel personne ne veut, mais un genre quand même ou quelque chose de la sorte, quelque chose qui est là depuis plus de vingt années, que les musiciens se passent ou dont ils se débarrassent.


C’est notre galaxie punk-rock, en fait. Parce qu’ils le disent tous. Au moins ceux qui marquent vraiment la chose. C’est clair quand on y pense : This is our punk-rock de A Silver Mt. Zion ou bien le morceau qui inaugure Come on die young de Mogwai. Tout ça ne se réduit pas à du punk-rock. Non. Mais tout ça émerge du punk-rock. Comment ? À la rigueur, ce n’est pas important. Ce qui compte, c’est que certains fassent autre chose que du punk-rock tout en se revendiquant du punk-rock ou, du moins, en invoquant le punk-rock comme origine. Et, à la limite, n’est-ce pas tant mieux ? Combien des fondateurs du punk-rock se sont revendiqués comme appartenant à un mouvement punk-rock ? Un genre se forme plus dans la défiance de ses fondateurs que dans l’affirmation des suiveurs.

Mais, c’est quoi le post-rock ?

Rien. C’est un mythe qui s’est forgé à contrecœur, par et dans la dénégation. C’est une galaxie parce que les morceaux en sont épars, et qu’il semble falloir des années lumières parfois pour aller de l’un à l’autre. Comme pour aller de Chicago à Montréal en passant par Louisville ou ailleurs. Sauf que le terme est là, disponible et qu’on s’en sert, qu’il circule.

Plutôt que de dire ce que c’est le post-rock, il faudrait pouvoir en donner une vue d’ensemble -- dans le détail. Suivre un ordre chronologique ou, à défaut, garder en mémoire la date de chaque disque pour pouvoir garder un certain ordre, une certaine suite dans ses idées. Pour donner cette vue : repérer les disques qui ont compté. Repérer où. Repérer par qui. Repérer comment ils ont été faits. Essayer dès lors de faire une sorte d'histoire pièce par pièce, pas l’histoire d'un destin parce que la musique, c’est notre hypothèse, ne fonctionne pas selon un destin, mais par essais, réussites, erreurs, reprises, inventions, oublis, souvenirs, déformations.

Plus que ça, et au risque de déplaire à certains, amateurs d’objectivité ou de journalisme rock, raconter une histoire d’auditeur. La mienne, forcément. Mais aussi, forcément, la tienne. Forcément, la nôtre. Parce que, c’est notre hypothèse, la musique si elle ne suit pas un destin, existe et se développe dans l’histoire de nos écoutes.

Que tout le monde ne soit pas d'accord avec cette façon de faire, c’est un risque à prendre. Mais, il y a plus grand : ce sera long. Il faudra tenir la distance.

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