lundi 1 mars 2010

céleste boursier-mougenot à la maison rouge [paris (le dimanche vingt-huit février deux mille dix)]

À la maison rouge, où sont exposées deux des œuvres récentes de l’artiste français Céleste Boursier-Mougenot, il y a d’abord deux platines qui tournent sur elles-mêmes, creusent le même sillon en boucle, sans arrêt, émettent chacune un même son, deux grésillements sourds, que l’on pourrait trouver vains, mais qui sont peut-être surtout nostalgiques : no vynil anymore.

Et puis : une pièce dont la moitié des murs sont recouverts de miroir. Une pièce sombre. Non : une pièce qui avant d’être une pièce sombre est d’abord une pièce bruyante. Et même : une pièce qui au lieu d’être une pièce sombre, simplement sombre, est une pièce dans laquelle il y a des ballons soufflés par des ventilateurs et des images qui se reflètent sur ces ballons. Et, ces images viennent des ballons eux-mêmes, de caméras fixées sur ces ballons : transcom.

D’abord, le dispositif de transcom. Trois ventilateurs agencés en triangle, posés à même le sol. Deux ballons blancs sur lesquels sont fixées des caméras. Des images filmées qui sont projetées sur les ballons eux-mêmes. Du son — un drone — diffusé dans la pièce qui est la traduction de ces images (le son a comme source l’image selon une technique développée dans la série videodrones. Voir notamment les “notes sur les œuvres” dans Céleste Boursier-Mougenot, états seconds).

Ce dispositif, c’est l’infini sous condition : tant qu'il y aura de l'électricité, le processus pourra avoir lieu, il continuera d’avoir lieu. Ce dispositif, c’est l’aléa : on ne peut pas prédire les mouvements des ballons (même si le souffle des ventilateurs les maintient dans un certain périmètre). Il est circulaire : il diffuse l’attention qu’il capte et le son qui est émis est le son des images. Le processus se répète sans fin : des émissions qui transmettent leur propre réception (le feedback, le larsen audiovisuel des sons qui sont le son des images et de la projection sur les ballons des images des spectateurs en train de regarder ces ballons qui les filment en train de les regarder, etc.).

Dans ces recherches sur la circularité du son et de l’image, il faut distinguer transcom de no vynil anymore. La première intègre des données extérieures pour alimenter son processus. Elle n’est pas close sur elle-même — boucle pure, formellement parfaite —, mais manière de spirale qui ajoute à elle-même ce qui l’entoure. En ajoutant la présence de l’observateur à la boucle, on fait voir la boucle de l’extérieur (le spectacle) et de l’intérieur (le spectateur qui découvre son image dans le spectacle auquel il assiste).

C’est la première fois que je vois exposée une œuvre de Céleste Boursier-Mougenot. J’en ai entendu parler par son œuvre pour guitare et oiseaux : from here to ear. Ici, c’est assez différent (je pense à transcom). Il n’y a pas d’oiseaux, mais on s’imagine que nous sommes au dispositif ce que les oiseaux étaient à la guitare électrique sur laquelle ils se posaient. Nous sommes un paramètre aléatoire, nous sommes dans une certaine mesure étrangers à ce qui se passe (d’où vient le son ? d’où vient l’image ?). Mais, contrairement aux oiseaux, nous finissons — pour peu que nous soyons un tout petit peu attentifs — par comprendre que c’est nous que nous voyons. Nous finissons par comprendre que nous sommes la cause physique de tout ce qui se passe (l’image, mais aussi le son qui en est la traduction). Par notre présence, nous perturbons un système qui est destiné à être perturbé par notre présence. Nous ne contrôlons rien pour autant. Mais nous parvenons ainsi à une certaine connaissance de l’influence des mouvements de notre corps — de notre comportement — sur son environnement.


Aucun commentaire: