vendredi 12 mars 2010

journal de mon acouphènoménologie (temporaire), 12.III.10

12.III.10 à 16h45 + enregistrement audio

Quelques sonorités lointaines oubliées (j’y inclus la sonnerie du réveil), c’est la seule musique que j’entends depuis trois jours. C’est dans une superette à côté de chez moi. Quand j’entends la voix de Michael Jackson, je pense d’abord : ah, c’est vrai, ça existe, la musique. Et puis : ah, c’est vrai, il est mort. Mais, c’est tout. Cette musique ne me fait rien. Cette musique ne me dit rien. Ou plutôt : non. Cette musique me fait quelque chose. Elle me reconduit à mon journal. C’est ça, sans doute, tenir un journal : tout est filtré par ce journal. Le mien, ne concernant que les sons parasites, est une machine à les enregistrer, une machine à en faire quelque chose d’autre qu’eux-mêmes, une machine à en faire l’histoire, une micro-histoire, pas un grand récit du devenir parasite de la musique, mais un catalogue des occurences du devenir parasite de la musique.

Cette musique, dans son environnement, est devenue banale, parfaitement banale, je ne sais pas si les gens s’en aperçoivent. Il y en a qui superposent les couches de musique : casque sur les oreilles plus musique d’ambiance. Deux ambiances musicales superposées. Mais la plupart, comme moi, nous cherchons dans les rayons des choses dont nous avons besoin. Cette musique n’a pas de sens. Elle a peut-être un dessein : rendre notre recherche dans les rayons plus confortable, nous encourager à acheter plus. Sans doute. Mais, elle n’existe pas pour elle-même. C’est un instrument. Ce n’est pas la musique pour elle-même, ce n’est pas la musique pour le plaisir qu’elle peut procurer. C’est la musique comme accompagnatrice. C’est la musique qui te tient la main et veut te dire : achète.

Mais, c’est encore faux. Ce n’est pas la musique qui parle. Cette voix que tu entends, ou que l’on voudrait te faire entendre, ce n’est pas la voix de la musique. C’est une voix qui parle au travers d’une voix, une sorte de voix palimpseste, une voix qui s’approprie la voix de la musique pour te dire : achète. Le devenir parasite de la musique, ce n’est pas tant le fait de la musique, mais bien plutôt celui du parasitage de la musique par une autre voix que celle qu’elle fait entendre. La musique est devenue un parasite parce qu’elle est parasitée par un sens qui l’utilise à des fins qui ne sont pas les siennes.

1 commentaire:

Ronan a dit…

Lady Gaga et Florent Pagny me disent : "Part en courant et n'achètes rien."
Je n'arrive pas à comprendre comment la musique diffusée dans les magasins peut faire acheter, je voudrais voir des tests qui montrent que la musique fait acheter plus.