dimanche 2 mai 2010

écrire — la musique III. § 8. iPod, etc.

Entre le monde et moi, l’information circule. Je peux fermer les yeux, le flux en est alors interrompu. Mais, c’est entendu, mes oreilles n’ont pas de paupières. Soit. C’est pour cette raison que je porte un casque. Les écouteurs interrompent le flux et y substituent une autre source d’informations. Des informations choisies, triées, organisées en listes de lecture individuelles. Mes écouteurs, s’ils ne remplacent pas d’éventuelles paupières, ne sont pas l’analogue d’œillères, ils installent de l’extérieur et de l’intérieur, ils tracent des frontières prothétiques entre l’environnement et moi-même.

Ainsi, mon milieu n’est-il plus vraiment mon milieu. Il est un milieu personnalisé, customisé, et l’on ose s’exprimer ainsi. Quelque chose s’y joue qui ne s’y jouerait pas sans moi et que je suis le seul à percevoir. Je clos l’espace sonore sur moi-même en une forme de résistance. Je traverse l’espace sonore comme une espèce d’autiste qui aurait choisi de l’être. Je ne suis pas malade. Non. Mes écouteurs sont ma tenue de camouflage sonore. Ils ne me camouflent pas moi, ils ne m’enveloppent pas. Ils se développent et camouflent ce qu’ils tracent comme m’étant extérieur.

Je ne suis pas un nomade. Le soir, quand je rentre chez moi, je pose mes écouteurs, je branche mon baladeur à mon ordinateur, le recharge et partage avec le réseau mes impressions sonores. Je suis clos à l’environnement et ouvert au réseau. Je suis à la fois ouvert et fermé. Je suis à la fois replié et déplié. Je déplie l’espace sans espace, le micro-espace de mon écoute individualisée dans cet autre espace sans espace, l’espace sans frontières du partage en réseau.

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