vendredi 25 juin 2010

écrire — la musique III. § 12. la mort la musique l’amour

Tout compte fait, comme dans presque tous les livres de Christian Gailly, il y a trois sujets d’importance : la mort, l’art et l’amour. Contrairement à ce qui se passe dans (presque) tous les livres de Christian Gailly, il m’en manque un pour faire le compte. Pas un mot sur l’amour. Et, je pèse mes mots.

Dans (presque) tous les livres de Christian Gailly, c’est (presque) toujours la même histoire : la mort survient, la musique obsède, l’amour sauve. Survenance de la mort, obsession du musicien, l’amour qui sauve. Récits sans destins, dans (presque) tous les livres de Christian Gailly, il n’y a pas une once de métaphysique, mais il y a de l’espoir, celui de rencontrer l’amour après une mort, celui de rencontrer un amour, serait-il le dernier.

Il faut observer le journaliste Brighton dans Les oubliés, l’observer être obsédé par une certaine interprétation des suites pour violoncelle de Bach après la mort de son collègue. Comme son collègue, la musique le tient captif, passe en boucle, l’enferme ou plutôt devient son seul environnement. Mais, contrairement à son collègue, la musique prépare l’amour. Du soir qu’il découvre le disque — le soir de la mort de Schooner — au jour qu’il rencontre l’interprète Suzanne Moss, la musique agit comme un philtre. « Écoute pathologie », « pulsion acoustique. Insatiable par définition », ce sont les maux dont souffrent Brighton. Maux qui sont sans doute moins des maux proprement dits que des mécanismes de préparation à la rencontre. Et, si ce sont vraiment des maux, alors ils ne peuvent être résolus que par la rencontre. L’écoute pathologique et la pulsion acoustique de Brighton sont des tensions qui ne se résoudront que dans la rencontre et l’amour immédiat qui s’en suit, le coup de foudre en somme.

Si je pèse mes mots, il m’en manque un pour faire le compte. Non que j’y sois indifférent. Mais, puisqu’il semble venir en dernier, son temps n’est sans doute pas encore venu. Or, il y a fort à parier que je n’en aie pas encore fini avec l’art.

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