jeudi 12 août 2010

derrider dérida, 1

D’abord, une pile de livres — préparer le terrain — c’est ce que j’ai fait — s’apprêter à citer. Une pile de livres que l’on pourra renverser sans trop de peine, sans trop d’efforts, simplement un peu agacé, d’un revers de la main. Un coup de balai — s’apprêter pour écrire.

D’abord aussi, des marques — carrés roses — aux bonnes pages, une liste de lecture pour mon φtunes, histoire de ne pas se perdre en chemin, d’aller aux bons endroits, d’improviser en suivant une ligne colorée esquissée de longue haleine et qu’on n’en finit pas de ne pas finir — au milieu de ces marques, on pourra se perdre. Et, des notes sur ces marques, des marques sur ces marques, histoire de ne pas trop improviser : il y a quelque chose dans mon φtunes qui me guide malgré moi.

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« « Déconstruire » la philosophie ce serait ainsi penser la généalogie structurée de ses concepts de la manière la plus fidèle, la plus intérieure, mais en même temps depuis un certain dehors par elle inqualifiable, innommable, déterminer ce que cette histoire a pu dissimuler ou interdire, se faisant histoire par cette répression quelque part intéressée. À ce moment-là, par cette circulation à la fois fidèle et violente entre le dedans et le dehors de la philosophie—c’est-à-dire de l’Occident —, se produit en un certain travail textuel qui donne un grand plaisir. Écriture à soi intéressée qui donne aussi à lire les philosophèmes — et par suite tous les textes appartenant à notre culture—comme des sortes de symptômes (mot que je suspecte, bien sûr, comme je l’explique ailleurs) de quelque chose qui n’a pas pu se présenter dans l’histoire de la philosophie, qui n’est d’ailleurs présent nulle part, puisqu’il s’agit, dans toute cette affaire, de mettre en question cette détermination majeure du sens de l’être comme présence, détermination en laquelle Heidegger a su reconnaître le destin de la philosophie. »

Jacques Derrida, Positions, p. 15

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La philosophie est un tas de morts sur lequel nous empilons des phrases. Aussi, Derrida n’est-il sans doute qu’un prétexte, l’un des derniers morts en date de la philosophie.

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