lundi 16 août 2010

derrider dérida, 5

Enfin.
Pour derrider dérida, je devais me poser cette question : pourquoi n’a-t-il pas thématiser, théoriser, conceptualiser l’introduction de ce “con” dans la destruktion heideggerienne ? Ce qui m’importerait dès lors, ce ne serait pas de recenser tous ces usages et toutes ses déclarations à propos de la déconstruction, mais d’user de ce con, et d’en abuser certainement, afin de subvertir la déconstruction elle-même.
La tâche n’est pas ainsi de parvenir à faire ce qu’il n’aurait pas fait, ni de s’inscrire dans un quelconque impensé, mais d’épingler quelque mot qui échappe au concept, sans doute pour cette raison qu’il n’en a pas la dignité, et de pénétrer par là dans un espace autrement inaccessible.
Ce qui me surprend, me disé-je, c’est qu’un mot qui sonne aussi bien que “déconstruction”, il ne le trouve pas assez « beau » (« Lettre à un ami japonais », in Psyché, Inventions de l’autre, II, p. 14). Pas assez beau dit-il alors que ce mot a indéniablement un pouvoir magique qu’il exerce sur ceux qui exercent dans la pensée : c’est en quelque sorte un sort jeté sur nous par lui, quelque chose dont il n’a pas à être peu fier d’autant que, par là, par ce mot-même et, par là, par la chose-même, et, par là, par l’événement auquel elle donne lieu, c’est à la langue française qu’il donne une dignité toute philosophique et ce, dans tous les sens, puisque “déconstruction” traduit l’allemand “Destruktion” par-delà la langue allemande.

D’autre part, lorsqu’il écrit cette phrase :

« Ce que la déconstruction n’est pas ? mais tout !
Ce qu’est la déconstruction ? mais rien ! »

Des phrases cette fois-ci, mais pas des phrases toutes seules cependant, des phrases qui veulent reproduire la position de Nietzsche par rapport à son Zarathoustra, ce livre pour tous et pour personne, comme on veut, ce livre comme on veut et comme on ne veut pas, comme on ne peut pas. C’est donc transposer la contradiction de la destination (à qui Zarathoustra est destiné : à tous et à personne) en contradiction de la définition ou de l’essence (ti esti) (ce qu’est la déconstruction : tout et rien encore qu’il faille dire : tout n’est pas la déconstruction, la destruction est, mais la déconstruction, ce n’est pas rien).

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