samedi 16 octobre 2010

la vie de marcel proust — une autobiographie : en finir.

écrire non pas un poème
mais une suite de phrases
qu’on pourrait dire en vers

écrire une suite de phrases
qui ne seront pourtant pas en vers
mais une suite discontinue

n’imiter personne
ne surtout pas croire non plus
qu’on est original

ne rien dévoiler du tout
continuer de se méfier de tout
à commencer par soi

des impressions
des descriptions
de ce qu’il y a autour de soi

nuit phares embouteillages
dans l’autobus qui traverse le fleuve
grande fatigue sous ma barbe
elle n’aura pas raison de moi
ni la fatigue ni la barbe
le silence malgré tout
malgré les discours absurdes dans les voix sourdes dans les téléphones
je le fais quand même

envie de meurtre
envie d’apocalypse
envie de mal radical
pas retenues mais relâchées
en autre chose qu’elles-mêmes
en autre chose que moi
toujours la différence
envie de baiser
envie de souplesse
désir d’apaisement enfin
pas relâchés mais retenus
près de moi formes de la joie

ne pas mettre un terme à la joie
mieux la laisser prendre le dessus
c’est ainsi que la vie doit finir

pour mettre un terme au livre
chercher ailleurs que dans le livre
ce qui serait encore des traces
du livre

nuées des parapluies
sur l’étoile du soir
le point extrême face à l’étoile du soir
que j’ai quittée par amour
pas d’une ville mais d’une fille
ici c’est paris
ici ce n’est pas la conversion de la vie
ici c’est la même volonté de vivre que là
ce n’est pas c’est à dire d’écrire
c’est à dire c’est l’inverse

défilés des vedettes
longues chaînes de la honte
affichage affecté de la vulgarité
que l’on jette à la face même de la misère
écrire c’est tout une politique
pour s’échapper après qu’on y a mis les pieds
de saint germain des prés

rappeler cependant l’amour en fermant les yeux
en ne les fermant pas
le voir quand même

je suis plus que marcel
c’est peut-être tout
mais ce n’est pas un point final

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