samedi 23 octobre 2010

ludwig

il est là ce n’est presque pas la peine de le dire comme s’il allait sortir de l’écran du champ visuel à reculons cela s’entend car il n’est jamais sorti il n’en est jamais sorti son regard fait écran un air narquois ironique quasi un iroquois un peu comme s’il disait je suis l’aristocratie d’un genre que vous n’imaginez même pas et derrière e mur est sale on le distingue à peine et sur le mur il y a un symbole du vide ce par quoi l’on se vide ce là où ça se vide et je vois ludwig wittgenstein comme un protopunk ébouriffé l’angleterre quelques années avant les sex pistols lui il a le costume encore manque la cravate certes il dit encore qu’il a des choses à dire qu’il peut construire qu’il ne croit certes pas ça non jamais au futur quel qu’il soit quand même il voudrait le changer en anticipant en anticipant toujours manque la cravate il peut se le permettre lui l’aristocrate ce qu’il peut construire des châteaux de cartes d’un revers de la main les envoyer ailleurs seulement des cartes alors rien de plus que des cartes éparses niées en tant que château le châtelain de la philosophie hait les châteaux il les quitte il est ailleurs bien avant les sex pistols « w c » dixit le mur manière de rendre tout ça irréel le philosophe à la droite des toilettes question de propreté j’imagine tout ce que j’imagine de cette photographie dans son regard c’est le siècle qui se résume il n’en verra jamais la fin il n’en connaîtra jamais les suites il se contente de le dessiner dans l’espace photographique de cette image que mes yeux peinent à croire j’imagine ludwig wittgenstein et je pense que toute sa vie il n’aura jamais cessé de se voir comme portant un pantalon de flanelle qu’il s’est toujours écrit ainsi « l w » aussi je pense que pour un protopunk il a tout d’un dandy ce philosophe c’est tout ce que je pense : qu’il faudrait s’imaginer l w ou « l w » comme on voudra comme un dandy (philosophique) auquel se sont posés toute sa vie durant des problèmes liés à sa conscience morale un dandy philosophique qui ne parviendrait plus guère à distinguer ses problèmes moraux des problèmes philosophiques
tout ce qu’il pensait alors si ce n’est tout ce que je pense c’est alors : on peut détruire les problèmes philosophiques comme on détruit des châteaux de cartes mais cela ne signifie pas que l’on cesse de se les poser de les construire il faut de la patience pour construire un château de cartes une grande maîtrise de ses gestes c’est une recherche de l’équilibre de la position qui échappe à l’instabilité c’est l’agacement qui suffit pour les détruire un geste de la main nonchalant d’une légèreté égale à la fragilité de la construction le geste d’un être survolant le problème ou le château
rien de plus une caresse destructrice une caresse destructrice suffit pour ramener à rien un problème philosophique mais il ne cesse pas de se poser pour autant pour autant qu’on le détruit vraiment c’est un problème c’est un peu d’air l’attente d’une caresse l’attente de la fin
ce dandy je le regarde tous les jours appuyé contre ce mur où l’on peut lire encore « raw » ça veut dire « cru » « raw »mais je ne sais pas ce que ça veut dire là à ce moment-là je ne vois que « l w » droit comme un « i » et je pense à une photographie de thomas bernhard dans laquelle il a l’air beaucoup plus sinueux je me dis qu’ils se ressemblent cependant il existe entre eux une communauté d’esprit que je cherche parmi ces photographies malgré tout ce qui les sépare c’est-à-dire l’histoire de notre temps ils se ressemblent pour autant qu’ils diffèrent
de ce qui les entoure ce dandy je le regarde tous les jours comme quelqu’un de la famille je veux dire comme quelqu’un d’une famille reconstituée qu’on ne voit jamais mais qui fait cependant partie de la famille malgré lui malgré la famille elle-même ce dandy que je regarde tous les jours il a l’air d’un saint tout simplement comme une icône d’un saint insupportable d’un saint philosophique invivable impossible s’ingérant dans la pensée des autres pour la défaire la contraindre à sa propre pensée la reproduire selon son propre mode de penser la reproduire
jusqu’à cette destruction qui rend cette pensée à elle-même qui rend la pensée à elle-même à la légèreté d’une caresse qui tourne la pensée vers son origine vers ce problème qui lui donne vie caresse le problème caresse le problème jusqu’à ce que le problème ne soit plus jusqu’à ce que le problème n’en puisse plus qu’il ne se tienne plus saint impossible « l w » avec son désir tout entier orienter vers la recherche de cette caresse libératrice salvatrice apaisement trop court avant que ça ne revienne le démanger à chaque fois qu’il se sent libre qu’il se croit libre ça revient le démanger il faut reprendre la même entreprise totalement différente tout ça pour cette caresse : le geste du philosophe est par excellence une caresse

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