jeudi 21 octobre 2010

rien, 5



Je n'en étais pas. Je les regardais. Je les entendais. Il y avait quelque chose : là autour de moi une sorte d'atmosphère un climat. J'étais là sans participer. Je n'en ai jamais eu l'envie. J'y étais. À côté sur le trottoir. J'étais une manière de pute, en somme. C'est sans doute ça. À les voir, eux, moi, qui n'aime pas ça, je souriais, pas un instant d'ironie, simplement un sentiment confus, comme l'idée que, oui, il existe encore des individus qui croient en quelque chose. À ma manière, je jouissais de leur marche. Moi, je ne crois en rien. Je suis trop paresseux. Je suis moins qu'un dilettante. Être un dilettante demande un certain entraînement. Je suis moins qu'un dandy. Être un dandy exige que l'on se rase au moins une fois par jour. Je suis simplement un pute. Là, sur le trottoir. Je regarde. Mais je ne racole personne. Je regarde. Je suis moins qu'une pute, donc. Je suis un voyeur. Je les vois heureux. Concernés. Engagés. Déterminés. J'ai épuisé toute mon ironie pour les siècles à venir. Alors je les regarde. Un peu béat. Un peu benêt. Je ne sais pas quoi faire. À part photographier. À part enregistrer. Un jour, je ferai un disque qui commencera par l'enregistrement de ce jour-ci à cet endroit-ci de ces gens-ci. Ce sera le vingt octobre deux mille dix sur le boulevard du montparnasse à dix huit heures vingt une manifestation contre la réforme des retraites. Et même si ça finit comme toujours par de l'urine contre les murs des immeubles — en l'occurrence : mon immeuble, même si j'habite de l'autre côté de la cour — et des bouteilles cassées contre la chaussée — et même si ce climat n'est pas exactement le climat du milieu insurrectionnel —, disons que moi aussi, je l'ai vécu à ma façon. Un peu distante, un peu concernée, attentive en tout cas.

Aucun commentaire: