dimanche 19 décembre 2010

pas filmer marseille

tu ne peux pas filmer marseille c’est l’image tout un film déjà marseille du flot infini des cartes postales à l’image rémanente celle qui ne te quitte pas ce qui ne te quitte pas d’ailleurs c’est aussi les cartes postales celles que tu finis par t’envoyer à toi-même — de marseille les souvenirs les atmosphères les sens de la ville la couleur du bitume ou bien du sable l’odeur des calanques ou bien des ordures qu’on ne ramasse pendant des semaines entières les embouteillages ou bien l’ouverture sur l’horizon la mer à perte de vue un autre monde au bout de cette vue au sud et puis les quartiers au nord

tu ne peux pas filmer marseille parce que tu ne peux pas quitter marseille

marseille c’est là ce n’est pas un mythe puisque ça existe c’est autre chose qu’on ne peut pas filmer mais qui traverse toutes les images qu’on peut en faire Le timbre des voix les lieux les ambiances

le mois d’août

les rues désertes l’après-midi les plages qui exultent de corps nus la ville à l’état brute activité réduite au minimum presque rien et puis presque tout tout ce qu’il faut pour faire une ville des femmes des hommes un lieu

tu ne peux pas filmer marseille mais tu penses au boulevard chave au quartier de la vieille chapelle à l’autoroute de la ciotat aux nuits qui n’en finissent pas

tu ne peux pas filmer marseille mais tu penses aux occasions manquées à l’ennui à ta transpiration aux cigales aux scooters qui ne te réveillent pas à trois heures du matin aux fenêtres grandes ouvertes et aux persiennes mi-closes au marché des capucins ou de la plaine le samedi matin à faire n’importe quoi simplement pour plaire ou pour déplaire aux grandes gerbes d’eau que tu fais et au vide que tu crées autour de toi

tu ne peux pas quitter marseille mais tu n’y vis pas tout le temps souvent même tu ne penses qu’à une chose que marseille disparaisse pour que tu n’y sois plus tenu ainsi tu n’aurais pas à quitter marseille marseille disparaîtrait simplement ce serait tout

marseille est encore là aussi sale qu’elle soit aussi insupportable qu’elle soit aussi invivable qu’elle soit aussi improbable qu’elle soit aussi sublime qu’elle soit paysage inépuisable idylle qui ne cesse pas sans dessein et parfaite toujours sur le point d’exploser de rage ou de joie toujours tout dans le même temps toujours tout en même temps toujours trop de tout toujours juste ce qu’il faut

Aucun commentaire: