vendredi 21 janvier 2011

John Lee Hooker


C'est dingue ! Ce disque est dingue ! Burning hell, c'est un genre de punk avant l'heure, sale, plein de sueur, plein de blasphème, ain't no heaven ain't no burning hell, juste la guitare, la voix et le pied de JLH qui bat la mesure et cet harmonica rugissant. You talk too much, c'est mean mean mean, même style : voix, guitare, pied, harmonica : mama mama mama you talk too much, you yak yak yak all the time. Et : you talk too much woman, pour finir. C'est dur ! Ça sent la rage, comment dire, contenue, une sorte de haine du quotidien, qui d'un coup, bam !, ça explose, ça sort avec cette impression que c'est spontané alors que JLH a dû jouer ces chansons 100 fois et plus avant de les jouer avec Canned Heat. C'est dingue ! Il faut le mettre fort, très fort. Pour entendre le souffle. Les lampes qui grésillent. La reverb malsaine qui fait clac à chaque fois que JLH attaque les cordes, que bam ! un grand coup de semelle de ses pompes — tu vois, ses pompes, tu les imagines en croco, ou dans un cuir spécial, c'est déjà le disque du succès, enfin, un disque un disque qui entame une longue série de collaborations, tu sens que le mec est sorti de la misère, que le Mississippi, c'est déjà loin, et lui, il tape avec son pied, avec ses pompes super classe, quand il joue, il s'en fout de ses pompes, il a peut-être un costard à 100 dollars, mais ça ne compte pas, JLH, à Chicago ou à Paris, ce sera toujours la même chose : ce sera toujours le Mississippi. Et puis, quand tu crois que tu as compris, JLH te sort ça : send me your pillow babe you've been cryin' on babe i wanna let you know babe i'm lonely just like you babe i'm so worried babe so worried. Tu sens l'ambiance. JLH parle. Il parle aux mecs avec lesquels il joue. Il leur explique un peu la vie. Et bam ! encore bam ! Et d'un coup 1 2 3, il t'explique la vie. L'amour. Send me your pillow babe you've been cryin' babe. Tout seul. Il y a peut-être une guitare qui l'accompagne. Mais, il est tout seul. Ou : Boogie chillen, autant Canned Heat que JLH. Là, c'est vraiment en groupe. Ça sent le rock. JLH peut se laisser aller et hurler. Juste pour dire I felt so good quand ses parents décident de le laisser boogie-woogie. C'est le chant de la libération — libération individuelle, tout étant toujours ramené à sa propre personne dans le blues. Long blues sans paroles qui s'en suit, on entend à peine un yeah ! qui vient ponctuer la chose, dire : encore ! Yeah ! C'est ça : encore ! Vas-y ! T'arrête pas ! Encore ! Let that boy boogie-woogie ! Boogie-woogie all night ! I felt so good ! Let him boogie ! Toujours raconter son histoire en même que l'histoire parce que l'histoire de la personne et l'histoire de la musique ne font qu'une. Higher ! I wanna boogie ! Hurlements en faveur du boogie. Hurlements qu'on devrait en faveur de JLH. Autant CH que JLH. C'est tout le sens de la seconde partie du disque. Genre : let's make it, fait sur la mélodie de boom boom. C'est-à-dire que boom boom boom — will shoot you right down — et let's make it — I wanna love you all night —, c'est la même chose : l'amour et la mort, la bite et le gun. C'est tout un. Politiquement correct ? Non. Sauf que tout est là. Plus une mélodie, un son, une intention, qu'un sens. Ou alors, c'est le son qui fait le sens. Avant le voyeuriste I got my eyes on you. Car, c'est ça le sublime dans l'amour. La distance. Regarder l'aimé de loin. Le voir de loin. L'approcher du regard. Le sentir. L'appréhender. Et rimer des ow avec des ow. Des douleurs avec des douleurs. Des jouissances avec des jouissances. Littéralement : j'ai mes yeux j'ai mes yeux j'ai mes yeux sur toi — j'aime mes yeux sur toi. Ce disque est dingue ! Quarante ans après, ce disque est dingue ! Et le dernier The world today, médiocre, n'y peut rien.Incroyable.

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