mercredi 27 juillet 2011

Note sur Fase d'Anne Teresa De Keersmaeker

Note sur Fase — Four Movements to the Music of Steve Reich d’Anne Teresa de Keersmaeker — Festival d’Avignon
26 juillet 2011, Cour du Lycée Saint-Joseph, 22 heures


La danse incarne la musique — mieux : l’éclairant, elle s’en libère pour mieux la comprendre, la faire entendre en chair et en os sous tes yeux.

Anne Teresa De Keersmaeker et Tale Dolven, comme Michèle Anne De Mey trente ans plus tôt, ce sont deux femmes, deux physiques dans l’espace et dans le temps, des bras qui fendent, des corps qui tournent sur eux-mêmes, mouvements des jambes et de la tête qui conduit le corps à l’endroit exact où il doit aller. Anne Teresa De Keersmaeker dit qu’avec ces pièces, elle a voulu retrouvé des mouvements d’enfants. Ça se voit. C’est étrange, aussi. La musique ne s’y prête pas forcément. Pourtant, ici, c’est une vérité possible de la musique qui est exposée.

Dans la première phase tout d’abord (Piano Phase), les corps tournent sur eux-mêmes, s’enroulent sur eux-mêmes, chassent le tissu des robes, semblent se perdre en se décalant, et montrent dans le mouvement continu de leur tour que le sens, c’est eux. C’est le dispositif aussi : lumières qui projettent quatre ombres sur le mur au fond derrière les danseuses, et la réunion de deux d’entre ces ombres, au fond sur le mur derrière les danseuses, elles se réunissent pour montrer l’unité dans la différence, les deux mouvements des deux corps ensemble — comme il y a de la différence dans la répétition des notes, il y a de l’unité dans la différence des gestes.

Il y a ensuite le machinisme de la deuxième phase (Come Out) : mouvements brefs, violents, plus longs qui semblent désarticuler les corps, corps assis, et qui tournent sur leur tabouret, sous la lumière d’une lampe de bureau. Danser assis, c’est pour se donner les moyens de danser différemment, danser sous contraintes pour réinventer la danse.

Il y a encore le solo de Violin Phase, vivant, presque diable en cercle : dans le noir d’abord, la lumière descendant progressivement sur elle, Anne Teresa De Keersmaker tourne et ne tourne pas en rond, saute, tape, s’arrête, joue avec sa robe, montre sa culotte, augmente, ajoute des mouvements sans solution de continuité jusqu’à ce que la musique revienne au point de son départ, quand elle parvient et demeure au centre du cercle.

Il y a enfin Clapping Music, presque ludique et enfantin, comme jouer à l’élastique, corps qui bondissent, sautent, sautillent, reculent, avancent, et se déplacent en diagonale, inventent ainsi leur géométrie dans le moment même qu’ils la dansent. La danse, c’est de la géométrie dans l’espace et dans le temps — en écoutant la musique de Steve Reich.

vendredi 8 juillet 2011

huit juillet deux mille onze

je ne vois que des trous dans le mur lie de vin
trou
c'est le vide ou prune
je te regarde et tu me dis nous nous marions demain
ce jour comme l'autre
depuis que je ne vois plus que des trous dans le mur lie de vin
nous sommes heureux

jeudi 7 juillet 2011

sept juillet deux mille onze

nous ne disons plus que les phrases répétées
tristes
c'est tout ce qu'il y a
je caresse ton sein sans penser à rien forcément
à rien c'est bien
depuis que nous ne disons plus que les phrases répétées
qui sommes nous ?

mercredi 6 juillet 2011

six juillet deux mille onze

il faut arrêter de vivre arrêter de respirer
deux
c'est le nombre des actions
je peux te dire reste mais c'est sans effet toi
tu fais ce que tu veux
comme il faut arrêter de vivre arrêter de respirer
nous vivons lâchement

mardi 5 juillet 2011

cinq juillet deux mille onze

nous aurons essuyé le refus des formes prochaines
vent
et poussière pour nous mêmes
je te dis je n'attends rien de toi si ce n'est toi même
que tu changes ou ne changes pas
dès que aurons essuyé le refus des formes prochaines
nous recommencerons

lundi 4 juillet 2011

quatre juillet deux mille onze

il nous faut ignorer les désespoirs à venir
vivre
sans attendre rien
je passe cependant que le temps passe avec toi
ensemble
comme il nous faut ignorer les désespoirs à venir
faisons le bien

dimanche 3 juillet 2011

trois juillet deux mille onze

nous ne revenons pas nous sommes la fuite même
vite
en avant et ailleurs
je regarde le temps qui me sépare de toi quand tu n'es pas là
et je m'endors
parce que nous ne revenons pas que nous sommes la fuite même
nous sommes seuls

samedi 2 juillet 2011

deux juillet deux mille onze

nous ne souffrons pas d'être inconnus mais méconnus
autres
comme nous seuls sommes
je voudrais te dire que nous sommes déjà partis pourtant
je reste assis
nous ne souffrirons jamais d'être inconnus mais méconnus
c'est aussi notre fierté

vendredi 1 juillet 2011

premier juillet deux mille onze

nous n'attendons rien que le passage
doux
mais habité
je sens la surface du monde au bout de mes doigts
du monde c'est-à-dire toi
depuis que nous n'attentons rien que le passage
nous sommes en vie